À quand la proportionnelle?

Blogue citoyen

Image: gracieuseté de Studio Fludd

Encore une fois, notre mode de scrutin «majoritaire» uninominal à un tour a fait des siennes en octobre dernier. Le suffrage universel, c’est la base de nos démocraties modernes. Quand ça ne fonctionne pas correctement, tout le reste peut déraper.

La majorité des électeurs sont minoritaires à l’Assemblée nationale.  Avec 37 % des votes, les élus de la CAQ occupent 60 % des sièges. Par contre, à l’issue de cette élection, le Parti Québécois et Québec Solidaire, avec 17 % et 16 % des votes respectivement, ont dû se contenter de 8% des sièges chacun. Quant au Parti libéral, ses sièges (25%) sont proportionnels aux votes obtenus (25%) cette fois-ci.

La représentation régionale a été tout autant écorchée. Dans des régions, la majorité d’électeurs n’a aucun député d’opposition pour les représenter face au gouvernement. Dans la région de Québec Capitale nationale, la CAQ compte 8 des 11 députés (73%) avec seulement 43% des votes. Le PLQ conserve un seul député (9%) malgré 22% des votes. Les électeurs du PQ (12%) n’ont plus de député. Ici, QS obtient la proportionnalité aux votes (17%) avec 2 députés.

Il s’en est même fallu de peu que notre métropole Montréal tout entière se retrouve «orpheline», sans député au sein du parti au pouvoir. Les 2 députés de la CAQ à Montréal ont été élus avec une «majorité» de votes d’à peine 1 834 (39%) et 500 (28%) sur leur plus proche adversaire.

Notre mode de scrutin affaiblit la démocratie en triturant ainsi le concept de majorité. Pour bien des gens, le résultat final démontre que ça ne sert à rien d’aller voter, que les dés sont pipés, que certains électeurs pèsent plus que d’autres. On a eu beau réviser la carte électorale régulièrement, resserrer les règles de financement des partis, assainir les pratiques électorales, légiférer sur le lobbying, améliorer l’accès au vote à distance et par anticipation, allonger les heures d’ouverture des bureaux, faire de la publicité et bien d’autres, le taux de participation baisse constamment : tout juste deux tiers des citoyens en droit de voter s’en sont donné la peine, un maigre 44% chez les 18-34 ans. Le verdict est sans appel. De moins en moins de citoyens croient utile de se déplacer pour choisir ceux qui vont les représenter et gouverner en leur nom.

Au Québec, la réforme du mode de scrutin pour adopter la proportionnelle fait partie du décor depuis 1979. Est-il besoin de rappeler que le mode actuel est resté inchangé depuis 1792 ? Il est temps de donner un coup de barre et de passer à un mode de scrutin qui représentera mieux la volonté des citoyens et le pluralisme des voix. Tous les partis et députés connaissent les failles du système actuel. Certains stratèges misent même là-dessus en jouant sur le clientélisme, la fragmentation, la division des votes, les «châteaux forts» et les comtés «payants». Rien pour rallumer la flamme des électeurs et leur confiance envers la députation !

Il y a de l’espoir! Le PLQ vient de se joindre à l’entente que la CAQ, le PV, le PQ et QS avaient signée  pour mettre en place avant les prochaines élections un mode de scrutin proportionnel mixte avec liste régionale, ce qui donnerait une députation représentant mieux la pluralité.** Il ne reste plus qu’à concrétiser cette belle unanimité. La balle est dans le camp de nos législateurs.

Enfin une réforme qui ne coûterait vraiment pas cher, où tous les citoyens seraient gagnants et où la députation retrouverait un peu de son sens.

Danielle Lafrenière, économiste à la retraite, Québec.

** Précision (ajout du 15 avril) : le PLQ a voté pour l’adoption des principes contenus dans l’entente transpartisane.

Les commentaires sont fermés