AFP | Deux organisateurs de veillées annuelles commémorant la répression des manifestations sur la place Tiananmen à Pékin ont été reconnus coupables à Hong Kong d’« incitation à la subversion ». Chow Hang-tung, 41 ans, et Lee Cheuk-yan, 69 ans, ont incité d’autres personnes à des actions « illégales », ont déclaré vendredi les juges de la région administrative spéciale chinoise. Les deux militants pour la démocratie risquent chacun jusqu’à dix ans de prison. Les groupes de défense des droits de l’homme ont vivement critiqué le verdict.
Les deux condamnés « ont incité d’autres personnes à organiser, planifier, commettre ou participer à des actes illégaux », indique le verdict. Leur objectif était de « saper le pouvoir de l’État ». La sentence ne devrait être annoncée que ultérieurement.
Lee et Chow ont été inculpés en 2021 d’« incitation à la subversion » et sont depuis lors en détention. Le tribunal composé de trois juges a estimé que les militants avaient violé la constitution chinoise en appelant à « mettre fin à la dictature du parti unique », même si leur engagement « illégal » n’était pas violent.
Lee et Chow « avaient l’intention de faire perdre confiance aux autres » dans le Parti communiste chinois et ont tenté de saper le système politique existant en « fomentant l’hostilité et en provoquant la division », a statué le tribunal.
Les organisations de défense des droits humains critiquent le verdict
Lee et Chow ont regardé le verdict en silence sur le banc des accusés. Ils avaient rejeté ces allégations et soutenu que le « changement démocratique » qu’ils réclamaient n’empêchait pas le Parti communiste de prendre la direction du pays. Un troisième accusé, l’ancien député Albert Ho, âgé de 74 ans, a plaidé coupable en janvier. Un plaidoyer de culpabilité entraîne généralement une réduction de peine.
L’organisation de défense des droits de l’homme Amnesty International s’est plainte du « verdict décevant ». Cela représente « une nouvelle étape sombre dans la campagne délibérée du gouvernement » visant à effacer l’héritage des militants du mémorial de Tiananmen, a déclaré le porte-parole d’Amnesty, Fernando Cheung.
La directrice de Human Rights Watch pour l’Asie, Elaine Pearson, a déclaré que le verdict montre à quel point « l’expression publique de chagrin est devenue un crime à Hong Kong ». « Ces militants ont révélé les craintes du gouvernement chinois de voir se souvenir de ses propres crimes. Il considère la commémoration comme une menace à la sécurité nationale. »
Urania Chiu, de l’université d’Oxford Brookes, a déclaré à l’AFP que le verdict envoie « un message puissant et effrayant à la société civile. Toute critique de l’État et de sa politique, aussi pacifique soit-elle exprimée, n’est plus la bienvenue à Hong Kong ».
Taïwan, considéré par Pékin comme une province séparatiste, a appelé la Chine à « mettre fin à la persécution politique ». Le Conseil des affaires continentales, qui supervise les relations avec la Chine, a critiqué les verdicts et a appelé les autorités à « libérer immédiatement les personnes détenues dans cette affaire ».
Les militants faisaient partie des principaux membres de l’Alliance de Hong Kong. Pendant trois décennies, elle a organisé des commémorations publiques de la répression des manifestations sur la place Tiananmen à Pékin. Chaque année, des milliers de personnes assistaient à la veillée au parc Victoria de Hong Kong le 4 juin. Pendant des années, Hong Kong et Macao ont été les seuls endroits du territoire chinois où les veillées pour les morts sur la place Tiananmen étaient autorisées.
En 2020, Pékin a adopté une loi dite sur la sécurité pour réprimer le mouvement démocratique à Hong Kong. Suite à l’arrestation de ses principaux membres, l’Alliance de Hong Kong s’est dissoute en 2021.
Le militant Chow a écrit sur son blog avant le verdict : « La justice réside dans le cœur du peuple, il n’y a aucune raison d’adorer les verdicts rendus d’en haut, et un seul verdict n’a que peu de sens. »
Aux premières heures du 4 juin 1989, l’armée chinoise à Pékin a utilisé des chars contre des étudiants qui manifestaient pour plus de démocratie sur la place Tiananmen. Des centaines, et selon certaines estimations, même plus d’un millier de personnes ont été tuées. La Chine tente par toutes ses forces d’effacer cet événement de la mémoire nationale.