Journée de commémoration du génocide rwandais : « On ne peut pas tuer deux fois un peuple »

Paul Kagame semble plongé dans ses pensées alors qu’il s’approche du pupitre du mémorial central rwandais du génocide de 1994 contre les Tutsi. Le président rwandais vient d’allumer la flamme du souvenir, qui va désormais brûler pendant cent jours.

C’est le début de la commémoration annuelle du meurtre de plus d’un million de personnes au Rwanda entre avril et juillet 1994, lorsqu’un régime radical hutu cherchait à éliminer tous les Tutsis jusqu’à ce qu’il soit renversé par les rebelles tutsis dirigés par Kagame. « L’idéologie du génocide continue de se propager dans notre région », a prévenu Kagame dans son discours. « Si vous ne l’arrêtez pas, cela a le pouvoir de nous renvoyer tous dans le passé. »

Le Rwanda n’a pas beaucoup d’amis en ce moment. Il y a quelques jours à peine, les sanctions américaines contre l’ensemble de l’armée rwandaise sont entrées en vigueur, un acte hostile rare. Le gouvernement américain du président Donald Trump accuse le Rwanda de violer l’intégrité territoriale de la République démocratique du Congo voisine, où le Rwanda soutient les rebelles du M23 (Mouvement du 23 mars). Ils sont dirigés par des Tutsi et contrôlent de grandes parties de l’est du Congo, notamment les mégapoles de Bukavu et Goma.

La guerre en République démocratique du Congo est en partie une conséquence à long terme du génocide au Rwanda. De l’armée hutu rwandaise responsable du génocide, l’organisation armée FDLR (Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda) est née en exil au Congo avec pour objectif à long terme de reconquérir leur patrie. Les combattants des FDLR portent aujourd’hui des uniformes congolais, sont équipés d’armes par les dirigeants de l’armée congolaise et sont considérés comme la pointe de la lance dans la lutte contre le M23.

Zone tampon contre les génocidaires

L’État congolais n’est pas loin de la rhétorique génocidaire anti-Tutsi. En décembre seulement, le porte-parole de l’armée congolaise de l’époque, le général Sylvain Ekenge, avertissait à la télévision d’État : « Si vous prenez une Tutsi pour épouse, vous devez faire attention ! Du point de vue rwandais, la zone du M23 à l’est de la RD Congo agit comme un tampon qui rend impossible une attaque directe des FDLR contre le Rwanda.

Fin 2025, les présidents du Congo et du Rwanda ont convenu, sous la médiation américaine, que le Rwanda mettrait fin à ses « mesures de défense », c’est-à-dire retirerait ses troupes du Congo et cesserait d’aider les rebelles du M23. En échange, le gouvernement congolais s’engage à « neutraliser » les FDLR. Mais la mise en œuvre stagne. Les combats se sont encore intensifiés cette année. En conséquence, le gouvernement américain a imposé des sanctions en mars, mais uniquement contre le Rwanda.

Kagame condamne expressément cela dans son discours : les mesures défensives « visent à empêcher à l’avenir des attaques à travers nos frontières », explique-t-il : « Ce problème ne peut pas être laissé au seul Rwanda. »

Le président le dit clairement : l’armée rwandaise, appelée RDF (Rwanda Defence Force), désormais sous sanctions américaines et donc coupée des paiements internationaux, s’inscrit dans la tradition de ceux qui ont mis fin au génocide en 1994. « Le courage et le caractère des RDF se sont forgés dans ces moments dramatiques », dit-il. « Aucune sanction ou insulte extérieure ne pourra jamais ternir l’honneur et l’intégrité du RDF. »

En 1994, le monde ne se souciait pas de la vie des Tutsi au Rwanda – cela, promet Kagame, ne se reproduira plus. « On ne peut pas tuer un peuple deux fois », crie-t-il. « Avant de tuer le Rwanda, le Rwanda vous tuera. »

Une désescalade est peu probable

Du point de vue de Kagame, il a fait son devoir en RD Congo. Fin mars, des milliers de soldats rwandais se sont retirés des montagnes congolaises de l’autre côté de la frontière, et le M23 a cédé certaines zones de territoire. Dans le même temps, l’armée congolaise a annoncé le début d’une opération visant à « neutraliser tous les groupes armés étrangers », selon le chef d’état-major adjoint du Congo, Jacques Ychaligonza. Les FDLR devraient recevoir un ultimatum pour se rendre volontairement.

Il est peu probable que les FDLR rendent les armes. Des sources proches des FDLR affirment que les principaux dirigeants, dont le chef militaire des FDLR, le général Pacifique Ntawunguka, connu sous son nom de guerre Omega, ont fui vers le Burundi voisin, où ils sont courtisés par le gouvernement hutu local.