Port-au-Prince. Depuis dimanche, plusieurs attaques de bandes armées ont eu lieu contre des populations rurales dans la région agricole de l’Artibonite, au centre d’Haïti. Tout a commencé par une attaque coordonnée aux petites heures du dimanche matin dans la communauté de Jean-Denis. Le gang principal responsable, appelé Gran Grif, a agi de manière systématique, barricadant les routes d’accès et démantelant un pont pour empêcher l’intervention de la police. Selon les rapports de l’ONU et des organisations de défense des droits de l’homme, plus de 70 personnes ont été tuées et 30 blessées. Certaines des victimes ont été brûlées vives dans leur maison.
Après le retrait initial des assaillants armés lundi, une nouvelle avancée a eu lieu mardi dans la ville de Marchand Dessalines, à environ 19 kilomètres au nord de la première attaque. Dans l’après-midi, cinq autres personnes ont été tuées. Au même moment, des images circulaient sur les réseaux sociaux de membres lourdement armés du gang Gran Grif Kokorat San Ras jetant des billets de banque dans le centre-ville de Marchand Dessalines.
Selon l’organisation haïtienne de défense des droits humains Réseau National de Défense des Droits Humains, la communauté de Jean-Denis est devenue la cible des gangs en raison d’années de travail d’autodéfense contre la criminalité des gangs. Alors que la situation sécuritaire en Haïti s’aggrave, les communautés s’organisent de plus en plus en unités armées d’autodéfense qui travaillent ensemble contre les gangs locaux, risquant souvent de représailles. Depuis des semaines, on prévient qu’une attaque contre Jean-Denis est imminente, mais les habitants du quartier se sentent en sécurité grâce à leurs unités d’autodéfense. Cependant, ils ne disposaient pas de la puissance de feu nécessaire pour dissuader les assaillants, qui ont attendu le départ des policiers pour avancer.
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L’attaque contre Jean-Denis a probablement été menée par le commandant « Ti Kenken », qui a dirigé une unité locale d’autodéfense dans la ville jusqu’en octobre de l’année dernière, mais a finalement fait défection pour rejoindre le Gang Gran Grif. La frontière entre les unités d’autodéfense et les bandes criminelles est floue. Dès mai 2025, une attaque des unités d’autodéfense de Ti Kenken a eu lieu, au cours de laquelle 55 habitants d’une ville voisine ont été tués.
Coïncidant avec les attentats de mardi, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a rencontré une délégation de l’ONU pour discuter de l’arrivée d’une mission de sécurité internationale élargie. Le lendemain, les premières troupes de la soi-disant Gang Suppression Force atteignirent Haïti. Le contingent de la force opérationnelle devrait atteindre 5 500 soldats et rester dans le pays pendant douze mois dans un premier temps. On peut toutefois se demander si cette expansion de la mission, qui a débuté en 2024, permettra d’atteindre les objectifs souhaités. Alors que la force d’intervention précédente n’a pas réussi à calmer la situation en Haïti, les rapports faisant état de victimes civiles suite à des attaques de drones mal menées contre des membres de gangs se multiplient ( a rapporté Amerika21).
Depuis l’assassinat du président haïtien Jovenel Moïse en juillet 2021, Haïti est tombé dans une grave crise d’instabilité politique et d’escalade de la violence. Dans les procès en cours contre les cerveaux présumés de l’attaque en Floride, de plus en plus de nouveaux détails apparaissent sur les omissions et les incohérences de la part des autorités américaines dans cette affaire ( a rapporté Amerika21).