Un « modèle intelligent » pour l’EuropeVance apporte les salutations d’Orban de Mar-a-Lago
Orban montre le gouvernement américain : il a déjà été réélu trois fois, même s’il a transformé l’État hongrois en un libre-service. Trump aime ça. Le président américain envoie son adjoint Vance à Budapest – en tant qu’assistant de campagne qui flatte le premier ministre hongrois.
Viktor Orban et Donald Trump ont déjà célébré leur lien autour d’une partie de golf. Le père d’Orban expose un ensemble de clubs que Trump a donnés à son fils dans le restaurant de son club de golf sur le domaine familial de Hatvanpuszta. L’inscription blanche « Trump National Golf Club » orne le sac noir dans lequel sont rangés les clubs. Une photo montre le Premier ministre hongrois recevant l’ensemble des mains du président américain dans son domaine de Mar-a-Lago.
Peut-être qu’Orban repense parfois à sa visite à Palm Beach – et à des moments plus détendus. Le Premier ministre hongrois doit désormais s’inquiéter de sa victoire électorale de dimanche, que son adversaire Peter Magyar pourrait contester. Des enquêtes réalisées par des instituts indépendants voient désormais le parti conservateur magyar Tisza avec une avance de dix points de pourcentage sur le Fidesz d’Orban. Une défaite serait une faillite personnelle pour Orban et ses acolytes, qui aiment s’enrichir aux dépens de l’État. Selon les enquêteurs chargés de la corruption, le père d’Orban, propriétaire du club de golf, doit également sa richesse principalement aux contrats gouvernementaux et aux livraisons trop chères.
Qui pourrait mieux comprendre la peur de perdre les richesses accumulées par son propre clan que le copain d’Orban à la Maison Blanche ? Trump a donc envoyé son adjoint JD Vance à Budapest pour apporter son soutien moral au chef du gouvernement hongrois. Lors d’une conférence de presse commune, cela devient vite clair : Vance est venu apporter les salutations d’Orban de Mar-a-Lago.
Le Fidesz manipule les élections en Hongrie
« Sage », « intelligent » et « modèle » pour tous les autres hommes politiques d’Europe – Vance fait l’éloge d’Orban. Le vice-président américain renouvelle les vœux d’amour que Trump a déjà prononcés après ses rencontres avec Orban. Ce n’est pas étonnant : les gouvernements de Budapest et de Washington sont si proches idéologiquement que les experts parlent depuis longtemps d’une « orbanisation de l’Amérique ». Selon plusieurs analyses, la Hongrie sert de modèle au camp MAGA autour de Trump, qu’il s’agisse de la transformation des institutions en un État autoritaire ou des formules de la rhétorique de la guerre culturelle.
Une défaite électorale d’Orban serait une défaite pour tous les populistes de droite en Amérique et en Europe. Le Premier ministre hongrois est un modèle pour les droits dans le monde entier. Il a été réélu trois fois, mais au fil des années, il est devenu de plus en plus corrompu, antidémocratique et incendiaire. Orban joue également injustement. Bien qu’il y ait des élections officiellement démocratiques en Hongrie, elles ont été de plus en plus manipulées par le Fidesz : Orban et ses partisans ont détruit l’État de droit, mis les médias sous contrôle et financé leur campagne électorale avec le Trésor public.
S’en sortir avec le moins d’impunité possible et rester au pouvoir pourrait bien être le grand rêve de Trump. Le président américain et ses partisans ont également commencé à attaquer le système judiciaire et les médias indépendants aux États-Unis. En ce sens, Orban et son règne cimenté en Hongrie sont en fait un « modèle », comme le dit Vance. Lors de la conférence de presse avec Orban, Vance apparaît camarade et condescendant. Il appelle habituellement Orban par son prénom, mais reste à savoir s’il souhaite exprimer sa solidarité ou sa supériorité envers le cher « Viktor ». En tout cas, Vance est radieux, tandis qu’Orban sourit avec plus de prudence.
Vance s’en prend aux « bureaucrates de Bruxelles »
Les deux sont graves, surtout lorsqu’il s’agit de la guerre en Ukraine. Vance s’approprie chacun des récits d’Orban car ils correspondent en grande partie à la propagande du gouvernement de Trump : pratiquement aucun dirigeant occidental n’est aussi engagé en faveur de la paix en Ukraine qu’Orban et Trump, les deux défendent les valeurs de la « civilisation occidentale » – et les « bureaucrates de Bruxelles » sont responsables de tout le mal. Vance utilise particulièrement souvent le mot « bureaucrates ». Les responsables politiques européens ont tenté de « détruire l’économie hongroise, de rendre le pays moins indépendant sur le plan énergétique et d’augmenter les coûts pour les consommateurs – simplement parce qu’ils détestent cet homme », affirme Vance, en désignant Orban. Les « bureaucrates » devraient plutôt prendre exemple sur Orban, qui est censé assurer la « sécurité énergétique » de la Hongrie par sa politique. La Hongrie reste fortement dépendante de l’énergie russe, grâce à laquelle la société énergétique partiellement publique MOL gagne beaucoup d’argent.
Mais la réalité est déformée lors de cette conférence de presse au moins aussi souvent que les vœux d’amour sont échangés. On pourrait écrire bien davantage sur les fausses affirmations des deux personnes présentes à la tribune, sur leur désinformation concernant les prétendus succès politiques d’Orban ou sur la transmission des échecs à l’UE.
Mais il n’est pas nécessaire d’aller aussi loin pour clarifier le sous-texte : Orban et Trump ont noué une relation étroite pour des raisons politiques, qu’ils célèbrent, du moins en public, comme un mariage d’amour.