Le gouvernement américain a imposé lundi de sévères sanctions à l’armée rwandaise. Comme l’a annoncé lundi le département américain responsable OFAC (Office of Foreign Asset Control), quatre officiers rwandais de haut rang seront sanctionnés dans un premier temps qui, selon des informations américaines, sont directement impliqués dans la guerre dans l’est de la République démocratique du Congo. Selon les enquêteurs de l’ONU, l’armée rwandaise RDF (Forces de Défense du Rwanda) y soutient les rebelles du M23 (Mouvement du 23 Mars) avec des troupes, du matériel militaire et des entraînements.
L’actuel chef d’état-major, le général Mubarakh Muganga, figure en tête de liste des sanctions. Vient ensuite le commandant des forces terrestres, Vincent Nyakarundi, qui a participé à la guerre du Congo en tant que chef du renseignement militaire jusqu’en 2023.
Le général de division Ruki Karusisi est également sanctionné. Le proche confident du président rwandais Paul Kagame a commandé jusqu’en mars 2025 des unités spéciales qui soutiennent militairement les rebelles du M23 au Congo et les entraînent également. Karusisi a été destitué l’année dernière, mais il reste influent : sa sœur Diane Karusisi est directrice générale de la Banque de Kigali, qui effectue désormais également des transactions financières dans la zone rebelle de l’est du Congo.
Le quatrième sur la liste américaine est le successeur de Karusisi, le général Stanislas Gashugi, désormais responsable des opérations secrètes au Congo au sein du RDF.
«Soutien et complicité»
Le gouvernement américain invoque comme raison la violation répétée du cessez-le-feu dans l’est de la République démocratique du Congo et l’accord de paix entre le Rwanda et la République démocratique du Congo, que les présidents des deux pays ont signé à Washington le 4 décembre. « Les offensives du M23 n’auraient pas été possibles sans le soutien actif et la complicité des FDR et de hauts responsables », précise le gouvernement américain, soulignant dans un communiqué du Département du Trésor : « Nous attendons le retrait immédiat des troupes, des armes et des équipements des Forces armées rwandaises. »
Des sanctions contre l’armée rwandaise sont sur la table depuis longtemps. Certains généraux rwandais avaient déjà été sanctionnés pour leurs actions au Congo en 2023 et 2025, notamment le célèbre général James Kaberebe, qui était déjà impliqué dans les guerres passées du Congo, à commencer par le commandement des rebelles congolais qui ont renversé la dictature de l’époque Mobutu Sese Seko lors d’une guerre éclair en 1996-97.
Le rapprochement intensif entre le gouvernement congolais et les États-Unis joue également un rôle. Le gouvernement congolais paie la société de lobbying de Washington Von Batten-Montague-York LC pour faire pression contre le Rwanda. Le président congolais Félix Tshisekedi est un invité bienvenu à Washington. Dans le cadre d’un accord de partenariat avec les États-Unis, il a promis que les investisseurs américains auraient accès en priorité à tous les gisements minéraux stratégiquement importants du pays. Les États-Unis investissent dans un vaste projet d’infrastructure dans le sud du pays, le corridor de Lobito, destiné à acheminer par chemin de fer les minerais du sud du Katanga au Congo via l’Angola jusqu’à l’Atlantique pour les expédier aux États-Unis. Les entreprises américaines font la queue pour investir dans l’industrie minière du Congo.
Mais pour que cela se produise, il faut que la paix règne ici. La raison de la sanction actuelle pourrait être la récente attaque de drone menée dimanche par les rebelles du M23 sur l’aéroport de la ville de Kisangani. Des instructeurs israéliens et américains de l’armée congolaise y sont stationnés. Le gouvernement congolais a engagé Eric Prince, l’ancien patron de la société mercenaire américaine Blackwate, pour sécuriser les zones minières et former les forces spéciales de l’armée.
RDF est un acteur économique important
On ne s’attendait pas à ce que le gouvernement américain sanctionne l’armée rwandaise des FDR en tant qu’unité. Cela pourrait avoir un impact négatif bien plus important sur le Rwanda que les sanctions imposées aux personnes qui pourraient être remplacées. Le RDF est un acteur économique extrêmement important au Rwanda. Elle possède de nombreuses sociétés importantes, telles que Horizon et Crystal Ventures, actives dans le secteur de la construction. Toutes les transactions financières internationales via le système du dollar américain avec des sociétés liées au RDF sont désormais sanctionnées. Il reste à voir si l’aide militaire à l’armée rwandaise ou le paiement des soldats rwandais de maintien de la paix de l’ONU ou des troupes d’intervention comme celles du Mozambique sont également menacés.
Le gouvernement rwandais a réagi rapidement. Dans un communiqué lundi soir, elle a « regretté » qu’« une seule partie ait été injustement poursuivie ». L’armée rwandaise défend son pays, tandis que le gouvernement congolais collabore avec des extrémistes et des milices génocidaires et ne respecte pas ses engagements au titre de l’accord de paix.