Suicides en Iran : une campagne contre la joie

Lorsqu’ils enfoncent la porte, son corps reste figé sur le lit. Seulement trois jours de prison ont suffi à transformer Arezou d’étudiante universitaire en l’ombre d’elle-même. Son frère dit qu’elle n’a parlé à personne depuis son retour de prison. Son corps était couvert de bleus et ses yeux étaient vides. Quelques jours après sa libération, elle s’est suicidée. Sa famille déclare : « Les résultats de l’autopsie ont montré qu’elle avait été violée en détention. »

Des histoires comme Arezous finissent rarement dans les médias. Elles sont souvent transmises oralement, à huis clos. De nombreuses familles touchées ne sont pas prêtes à en parler publiquement. D’autres sont réduits au silence par les menaces des forces de sécurité.

Et pourtant, il existe des rapports documentés faisant état de suicides en République islamique d’Iran. Mehdi Khobat, le mari de Shahla Kakayi, en est un exemple. Le couple a été attaqué par des fonctionnaires armés d’armes à feu, Kakayi est mort sur le coup, Khobat a été hospitalisé. Après sa libération, il s’est suicidé. Autre exemple : Farhad Salari et Erfan Taherkhani, deux étudiants en médecine à l’université de Téhéran, sont également décédés, probablement d’un suicide commun. Leurs corps sans vie ont été retrouvés dans leur dortoir.

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Ce ne sont là que deux des nombreux cas récemment devenus publics. L’ampleur du problème est telle que même le chef de l’organisation nationale de protection sociale iranienne a signalé une augmentation des suicides parmi les jeunes, les adolescents et les femmes. Il est toutefois difficile de trouver des chiffres précis. Un rapport de l’organisation Iran Human Rights Monitor de 2025 déclare : De 2016 à 2022, le nombre de suicides a augmenté de plus de 50 pour cent. En moyenne, près de 9 personnes sur 100 000 en Iran se seraient suicidées en 2023, et les prévisions sont à la hausse.

Société moderne contre structure de pouvoir prémoderne

L’Iran se caractérise par une profonde contradiction : des rues pleines de jeunes connectés au monde – à l’ombre d’un gouvernement qui prétend être le représentant de la volonté divine. Société moderne contre structure de pouvoir prémoderne. Un écart qui se creuse de plus en plus. Et entre les deux, les gens vivent et souffrent.

Cela conduit à plusieurs reprises à des conflits : comme en janvier 2026. Les manifestations contre la crise économique et monétaire ont rapidement abouti à des protestations contre l’État clérical. Plus de 36 500 personnes ont été tuées, rapporte Iran International, citant des documents dont disposent les médias. Le président américain Donald Trump parle de 32 000 décès, l’organisation civile HRANA de plus de 7 000 décès et de près de 12 000 cas dont la confirmation est toujours en attente.

Malgré la violence d’État, des manifestations ont déjà eu lieu, jusqu’ici concentrées dans les universités : une génération qui a grandi dans un monde numérique est confrontée à une structure qui n’offre ni avenir économique ni liberté.

A la tête de cette structure se trouve Ali Khamenei – un religieux dont le titre officiel est « Guide suprême de la République islamique », mais dont le rôle selon le style du régime va bien au-delà de celui de chef de l’État. Il se positionne au sein d’une doctrine fondée par son prédécesseur Ruhollah Khomeini : le Velayat-e Faqih, le gouvernorat du juriste. Selon cette théorie, il se considère comme le leader des chiites dans le monde entier, chargé non seulement de l’autorité politique, mais aussi de la supervision et du contrôle sur tous les domaines de la vie.

Dans un tel système, la dissidence politique peut facilement être qualifiée de « déviation idéologique » ou de « menace pour la sécurité nationale ». En Iran, le hijab sert également de moyen de faire respecter cette idéologie. Il ne s’agit pas seulement d’un code vestimentaire, mais symbolise la domination de l’État sur la sphère privée.

En ce sens, la République islamique mène également une campagne discrète et soutenue contre la joie elle-même. Les festivals nationaux tels que Nowruz et Chaharshanbe Suri ont parfois été complètement interdits ou sévèrement restreints. La consommation d’alcool a été interdite. En Iran, il existe un terme spécial pour désigner les formes de divertissement purement ludiques : « lahw o la’ab » – divertissement frivole. Un tel comportement est interdit. Quiconque se livre à cette joie frivole doit s’attendre à une punition. Certaines formes de divertissement sont retenues en raison de leur valeur de propagande, comme le football ou le cinéma. Mais la gestion du football est embourbée dans la corruption et les films sont soumis à la censure.

Note de suicide

Aide par conseil téléphonique

Si vous avez des pensées suicidaires, parlez-en à quelqu’un. Vous pouvez contacter le service de conseil téléphonique 24 heures sur 24 (08 00/1 11 01 11 ou 08 00/1 11 02 22) ou visiter www.telefonseelsorge.de. Il y a aussi la possibilité de discuter avec les pasteurs.

Les femmes constituent le principal groupe cible des interdictions étatiques. En Iran, comme partout dans le monde, la façon dont ils veulent vivre est en constante évolution. La République islamique prend des mesures brutales contre lui. Le cas d’Arezou, arrêté lors des récentes manifestations, le montre notamment. Son frère raconte au : « Ma sœur n’avait que 23 ans. Elle n’a été détenue que trois jours. Quand elle est rentrée à la maison, elle ne nous parlait plus. Elle se contentait de nous regarder. » La voix du jeune homme tremble. « Quand elle n’a pas quitté sa chambre pendant des heures, nous sommes entrés et l’avons trouvée morte. Pas de lettre, pas de message, pas d’au revoir. Rien. » Il pleure. « Son corps fragile et son cœur innocent ne pourraient pas supporter autant de douleur. » Arezou avait en fait un nom différent. Le nom a été changé pour protéger sa famille.

Les arrestations, les condamnations sévères et les suicides après la sortie de prison font désormais partie de la réalité de la vie en Iran. Mais l’espoir d’un changement politique profond perdure.