Vers deux heures du matin, la réunion du haut commandement des rebelles congolais du M23 (Mouvement du 23 mars) s’est terminée. Le chef militaire du M23, Sultani Makenga, a convoqué une réunion mardi soir dans une ferme des monts Masisi, à l’est de la République démocratique du Congo, au cœur du territoire rebelle. La grande ferme abandonnée du général de l’armée congolaise Innocent Gahizi est à la disposition des dirigeants du M23. Le général Gahizi est tutsi et proche du M23 dirigé par les Tutsi, même si l’ancien général a lui-même combattu aux côtés de l’armée gouvernementale lors des dernières guerres. La ligne de front passe non loin de sa ferme.
Dans la nuit de lundi à mardi, l’armée congolaise a lancé une offensive contre le M23 sur trois fronts simultanément dans l’est du Congo. Les drones de combat ont largué de nombreuses bombes sur la zone du M23. L’un d’entre eux a touché la ferme où se réunissait le haut commandement du M23, mardi matin, vers 2 h 45.
À ce moment-là, le chef militaire Makenga gisait dans sa tente sous des arbres à seulement 300 mètres environ. Ce guerrier aguerri est connu pour diriger ses troupes sur les lignes de front. Il aurait survécu à l’impact de la balle dans la ferme sans aucune égratignure, selon les personnes impliquées dans le .
Willy Ngoma, une figure éblouissante
Le porte-parole militaire du M23, Willy Ngoma, a cependant été tué. Après la réunion, il conduisait sa camionnette pleine de gardes du corps le long de la route sinueuse de montagne en direction de la ville minière de Rubaya. À un moment donné, la route était si boueuse que le SUV ne pouvait pas passer. Au moment où Ngoma sortait de la voiture, un drone a percuté. Le porte-parole militaire du M23 et ses six gardes du corps sont morts.
Le lieutenant-colonel de 52 ans est considéré comme une figure colorée parmi les rebelles du M23 et figure sur les listes de sanctions de l’ONU et de l’UE. Il est connu pour avoir toujours sur lui plusieurs téléphones, qui sonnent tous en même temps lorsque des journalistes du monde entier l’appellent.
L’année dernière, Ngoma avait été surnommé « Vite Vite » dans ses propres rangs après avoir supervisé le départ des mercenaires roumains de la zone de guerre. Ils avaient entraîné l’armée congolaise et ont été capturés lorsque le M23 a pris la capitale provinciale Goma en janvier 2025. Les rebelles les ont emmenés à la frontière avec le Rwanda, d’où ils ont été rapatriés par avion. « Vite, vite », a crié Ngoma aux Roumains alors qu’ils portaient leurs sacs à dos et devaient traverser la frontière en courant.
Les officiers du M23 soupçonnent que le nouveau téléphone de Ngoma était équipé d’une application de suivi qui envoyait secrètement ses coordonnées à l’armée gouvernementale.
Le gouvernement congolais veut la mine de coltan de Rubaya
Un autre drone aurait touché Rubaya. Il existe d’énormes réserves de coltan, un mélange de minerai d’importance stratégique, dans les collines autour de Rubaya. Le tantale métallique résistant à la chaleur est extrait du minerai de coltan, demandé dans le monde entier pour la production de téléphones portables, d’ordinateurs et de centres de données.
Les rebelles du M23 contrôlent actuellement Rubaya. Selon les enquêteurs de l’ONU, les matières premières qui y sont extraites sont clandestinement introduites en contrebande à travers les frontières du Rwanda voisin, qui soutient militairement le M23. Rubaya est devenue une pomme de discorde au cours des négociations de paix entre le gouvernement congolais, les rebelles du M23 et le Rwanda. Le gouvernement congolais a promis aux entreprises américaines d’accéder à tous les minéraux clés, y compris le coltan de Rubaya, dans le cadre de son « partenariat stratégique » avec les États-Unis.
Erik Prince, fondateur de l’ancienne société mercenaire américaine Blackwater, a signé l’année dernière un accord de 700 millions de dollars avec le gouvernement congolais pour sécuriser les zones minières du Congo et lutter contre la contrebande. La majorité des mercenaires sont basés dans la région minière la plus importante du Congo, le Katanga, loin de la zone de guerre.
Certains auraient récemment aidé l’armée congolaise à reprendre la ville d’Uvira, à l’est du Congo, à la frontière avec le Burundi. Selon Reuters, des mercenaires de Prince, accompagnés d’instructeurs militaires israéliens, ont entraîné deux bataillons des forces spéciales congolaises qui y ont été envoyés en janvier après le retrait du M23 d’Uvira.
Des sources ayant pris connaissance d’extraits des contrats confirment au que les mercenaires de Prince – notamment latino-américains – sont également censés sécuriser les mines de Rubaya dès qu’elles seront sous contrôle gouvernemental. Le personnel de Prince serait également stationné dans la ville de Kisangani, sur le fleuve Congo, pour coordonner les attaques de drones contre le M23 depuis l’aéroport.
Armistice encore une fois
Début février, le M23 – éventuellement avec l’aide du Rwanda – a détruit le centre de contrôle des drones lors de sa propre attaque de drone. Depuis, c’est le calme sur les lignes de front de l’est du Congo depuis près de deux semaines. Mercredi dernier, un nouveau cessez-le-feu est même entré en vigueur. Mais ça n’a pas duré une semaine.
Si le drone avait touché les monts Masisi trois quarts d’heure plus tôt, il aurait pu anéantir tout le haut commandement du M23. C’est la première fois dans les nombreuses guerres du Congo que les drones deviennent l’arme la plus importante.