El Salvador : Crimes contre l’humanité sous couvert de sécurité

San Salvador. Le rapport d’expertise du GIPES (Grupo Internacional de Expertas y Expertos para Investigating Human Rights Violations Under the State of Emergency in El Salvador) témoigne de crimes contre l’humanité. Ce que le gouvernement de Nayib Bukele célèbre comme une campagne réussie contre la criminalité liée aux gangs est, selon le rapport, un système de détention arbitraire, de torture et de démantèlement systématique des structures constitutionnelles.

Depuis qu’il a déclaré l’état d’urgence en mars 2022, le Salvador est devenu le pays où le taux d’incarcération est le plus élevé au monde. Plus de 90 000 personnes, soit environ 1,4 pour cent de la population adulte, sont derrière les barreaux. Le rapport du GIPES montre que la stratégie sécuritaire de l’État ne produit pas seulement des abus isolés, mais repose sur une attaque généralisée et systématique contre la population civile.

Le cœur de la stratégie du gouvernement est la « politique d’arrestations massives ». Sans mandat d’arrêt et souvent sur la seule base de rapports ou de comparutions anonymes, des milliers de personnes sont emprisonnées, pour la plupart sans aucun lien avec des gangs criminels. Le rapport fait état de détentions arbitraires, de tortures, d’assassinats et de disparitions forcées au cours des quatre dernières années. Le rapport montre également que ces arrestations s’inscrivent dans un plan motivé par des quotas policiers et une stigmatisation ciblée des couches les plus pauvres de la population. Ces incidents sont « le résultat d’une politique connue et promue par les plus hauts niveaux du gouvernement ».

Les conditions dans les prisons sont particulièrement frappantes. Les experts du GIPES font état de maltraitances systématiques. La faim, le manque de soins médicaux et la violence physique font partie du quotidien dans les prisons surpeuplées. Depuis le début de l’état d’urgence, plus de 400 décès en détention ont été recensés. De nombreux cadavres présentaient des signes de torture et, souvent, les proches ne sont informés de la cause du décès que des semaines plus tard, voire ne sont même pas informés de la cause du décès. Selon le rapport, de nombreux cas impliquent des « disparitions » car le sort des prisonniers est gardé secret pendant des mois.

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Selon le rapport, un procès équitable est actuellement difficilement possible au Salvador. L’indépendance du pouvoir judiciaire a effectivement été abolie. Les juges opposés à la ligne gouvernementale seront remplacés. Des procès de masse dans lesquels jusqu’à 900 personnes sont jugées simultanément empêchent toute défense individuelle. Le rapport souligne que le système judiciaire n’est plus utilisé pour rechercher la vérité mais est devenu un outil de répression.

Le rapport met en garde contre le fait de considérer le « modèle Bukele » comme une solution aux problèmes de sécurité. Il s’agit plutôt de la destruction de la démocratie. Les experts demandent au Conseil des droits de l’homme de l’ONU de créer une commission d’enquête internationale. Il ne devrait y avoir aucune impunité pour les responsables.

Pendant ce temps, le gouvernement vante ses succès, niant les allégations massives et essayant de discréditer les gens avec de « fausses allégations ». Le groupe d’experts existe depuis 2024 et est composé de collaborateurs de la Due Process of Law Foundation (DPLF) à Washington, de la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) à Paris et de la Commission internationale de juristes (CIJ) basée à Genève. Elle a présenté le rapport le 10 mars 2026 à la fois à une commission du Conseil des droits de l’homme de l’ONU à Genève et à la Commission interaméricaine des droits de l’homme. Elle appelle la communauté internationale à accroître la pression sur le gouvernement de Bukele avant que les schémas de violence ne deviennent irréversibles.

Le gouvernement salvadorien a pris une autre mesure pour démontrer qu’il ne veut pas se laisser impressionner. À la demande du président Bukele, le Parlement a adopté le 18 mars 2026 un amendement constitutionnel selon lequel des délits tels que le meurtre, le viol et le terrorisme peuvent être punis de la réclusion à perpétuité sans aucune possibilité de réduction. Des mesures ont déjà été prises pour intégrer cette nouvelle exigence constitutionnelle dans le droit pénal.