San Salvador Atenco. Vingt ans après la brutale opération policière à San Salvador Atenco, dans l’État de Mexico, l’organisation paysanne Frente de Pueblos en Defensa de la Tierra (FPDT) a une fois de plus critiqué le manque de justice. Lors d’une apparition publique de la présidente Claudia Sheinbaum le 3 mai, des représentants du mouvement ont déclaré que le « Mai rouge » de 2006 à ce jour n’avait pas été traité.
La militante Hortencia Ramos a lu un manifeste du FPDT devant Sheinbaum. Dans ce document, elle qualifie les événements des 3 et 4 mai 2006 de « crimes d’État contre le peuple mexicain ». Ni les responsables directs ni les décideurs politiques n’ont été sanctionnés jusqu’à présent. Parmi les personnes citées figuraient l’ancien gouverneur de l’État de Mexico, puis président Enrique Peña Nieto, ainsi que les anciens présidents Vicente Fox et Felipe Calderón.
En mai 2006, la police fédérale et celle de l’État ont violemment réprimé les manifestations à Atenco. L’élément déclencheur a été un conflit lié à l’expulsion de fleuristes à Texcoco, dans la grande région de Mexico. La police a alors mené une action massive contre les membres de la FPDT et les sympathisants du mouvement. Deux jeunes hommes ont été tués et plus de 200 personnes ont été arrêtées. De nombreuses femmes ont ensuite dénoncé des violences sexuelles et des mauvais traitements infligés par les forces de sécurité.
Le cas du leader du FPDT, Ignacio del Valle, a également été connu. Après les manifestations, il a été condamné à plus de 100 ans de prison pour enlèvement et autres crimes. Les organisations de défense des droits de l’homme ont considéré que la procédure était politiquement motivée. Del Valle a purgé quatre ans dans une prison à sécurité maximale avant que la Cour suprême du Mexique n’annule les condamnations en 2010 et n’ordonne sa libération.
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Le FPDT a déclaré qu’Atenco avait été utilisée à l’époque pour intimider la résistance sociale aux privatisations et aux projets d’infrastructures. Dans le même temps, les militants ont souligné les succès actuels de leur lutte : la zone de l’ancien lac Texcoco est désormais protégée et a été reconnue internationalement comme zone humide Ramsar et comme région modèle de l’UNESCO en matière d’écohydrologie.
Lors de sa visite, Sheinbaum a déclaré qu’une telle opération policière contre la population ne devrait pas se reproduire. Son gouvernement a également restitué 54,5 hectares de terres aux agriculteurs d’Atenco. Ce retour fait partie du « Plan pour la justice à Atenco » que le gouvernement met en œuvre depuis plusieurs années.
Toutefois, le FPDT souligne que la restitution des terres ne remplace pas les démarches judiciaires. Le mouvement continue d’exiger la punition des responsables politiques ainsi que la restitution de davantage de terres et la fin des projets miniers dans la région. « La justice reste une affaire inachevée », affirme le manifeste.