Washington/San José. Le gouvernement américain a révoqué les visas de cinq des sept membres du conseil d’administration du journal costaricain La Nación. Le conseil d’administration du journal critique du gouvernement a qualifié cette mesure de « sans précédent ». Les observateurs affirment que cette décision semble faire partie d’une stratégie plus large de la Maison Blanche visant à punir les critiques et à récompenser les alliés.
La Nación, l’un des principaux journaux du Costa Rica, a révélé des allégations de harcèlement sexuel contre Rodrigo Chaves, alors candidat à la présidence, en 2022. Il a été accusé d’avoir harcelé sexuellement plusieurs jeunes employés alors qu’il travaillait comme économiste principal à la Banque mondiale à Washington. Un tribunal interne de la Banque mondiale l’a déclaré coupable en 2019. Il a ensuite été rétrogradé et a perdu son statut d’administrateur. Peu de temps après, il se tourne vers la politique et est élu président du Costa Rica malgré les allégations. Durant son mandat, Chaves était proche de l’administration de Donald Trump.
Le Département d’État américain a commenté jeudi l’annulation des visas pour les citoyens étrangers. Il s’agit d’un instrument « discrétionnaire » de l’administration Trump pour faire respecter ses intérêts politiques. Le Département d’État a fait valoir qu’« un visa américain est un privilège et non un droit ».
L’annulation des visas pour les journalistes et les entrepreneurs a été considérée par les organes de presse comme une tentative de museler le journalisme indépendant. Le journal concerné a averti dans un éditorial que ces représailles constituaient une tentative de « porter atteinte à l’indépendance journalistique ». Les membres démocrates de la commission des affaires étrangères des États-Unis ont également critiqué cette politique des visas : « Les États-Unis ont déjà défendu la liberté de la presse, mais cette administration l’attaque. »
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Outre les journalistes, dont le président du conseil d’administration, Pedro Abreu Jiménez, d’autres Costariciens critiques à l’égard du gouvernement se sont vu retirer leur visa américain. Parmi eux figurent l’ancien président et prix Nobel de la paix Óscar Arias Sánchez, l’ancien député Rodrigo Arias Sánchez et le juge Fernando Cruz Castro.
Les gouvernements du Costa Rica et des États-Unis ont récemment approfondi leur coopération. À la mi-avril, les 25 premiers étrangers et une Costaricaine expulsés des États-Unis ont atterri au Costa Rica (a rapporté Amerika21). Cette mesure fait partie d’un accord migratoire qui prévoit le retour hebdomadaire d’un maximum de 25 personnes dans ce pays d’Amérique centrale. Le Costa Rica se présente donc comme un pays tiers sûr pour permettre l’expulsion des migrants depuis les États-Unis.
Dans ce pays d’Amérique centrale, la droite populiste restera au pouvoir pendant encore quatre ans, même après la démission de Chaves. Laura Fernández, ancienne ministre de Chaves, a pris ses fonctions vendredi. Chaves a été nommé directeur de l’Institut de pêche et d’aquaculture (Incopesca) du gouvernement Fernández. Une position importante dans un pays dont la biodiversité est menacée. A l’occasion de cette nomination, les observateurs ont rappelé que Chaves avait auparavant critiqué le chalutage dommageable pour l’environnement, mais qu’il était désormais favorable à la réalisation d’études pour le relancer.