Colombie : un général de l’armée collabore-t-il avec les dissidents des FARC ?

Bogota. Le bureau du procureur général colombien a suspendu provisoirement jeudi le général Juan Miguel Huertas, chef d’état-major de l’armée, et Wilmar Mejía, membre des services de renseignement du DNI. La raison en est que tous deux soupçonnent qu’ils ont transmis des informations et un soutien logistique à des membres d’un groupe dissident de l’ancienne guérilla des FARC.

Selon l’enquête, les noms des accusés apparaissent dans des courriels et des messages de chat saisis auprès du groupe dirigé par Alexander Díaz Mendoza, alias Calarcá Córdoba. Avec ce soutien, le groupe aurait fondé une fausse société de sécurité afin de pouvoir porter légalement des armes. En outre, Huertas aurait offert une protection lors des contrôles aux points de contrôle militaires, ce qui aurait permis au groupe de les franchir en toute sécurité.

Cette suspension ouvre une enquête disciplinaire et pénale visant à déterminer si le groupe a effectivement infiltré les institutions militaires ou de renseignement.

Le ministre de l’Intérieur, Armando Benedetti, a déclaré que le gouvernement était « surpris » par l’action du procureur. Il n’y a pas eu d’accord préalable. Il a toutefois annoncé que le gouvernement respecterait cette décision.

Le président colombien Gustavo Petro estime que les allégations contre Huertas et Mejía sont fabriquées de toutes pièces. « Les gens qui m’ont aidé à identifier les officiers corrompus de l’armée doivent être éliminés », a-t-il expliqué.

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Petro estime également que les allégations contre Huertas sont fausses, car il n’a repris son service militaire qu’en août 2025, après avoir été démis de ses fonctions par Duque en 2020. Cette période est trop courte pour pouvoir établir des contacts appropriés, estime Petro.

L’affaire se déroule dans un contexte complexe du conflit colombien. Après la signature de l’accord de paix final en 2016, les FARC se sont démobilisées et ont formé un parti politique légal. Cependant, plusieurs commandants et combattants ont rejeté l’accord, sont retournés dans la clandestinité et ont formé divers groupes dissidents. Ceux-ci opèrent désormais sans structure unifiée et combinent des éléments d’une insurrection en cours avec des activités criminelles telles que le trafic de drogue, l’extorsion et le contrôle territorial.

Le gouvernement de Petro tente de contenir ces groupes grâce à sa politique de « paix totale ». Il combine des pourparlers avec des groupes de négociation et des opérations militaires. Le groupe dirigé par Calarcá fait partie de ceux avec lesquels le gouvernement maintient des contacts alors que des offensives sont en cours contre d’autres structures, comme celles sous le commandement d’Iván Mordisco (a rapporté Amerika21).

Si les allégations contre Huerats et Mejía s’avèrent vraies, cela pourrait remettre en question la politique de Petro et affaiblir sa position. Depuis qu’il a publiquement soutenu Huertas, cela dépend encore plus de l’issue de la procédure.