« Ce cauchemar doit prendre fin » : l’appel du secrétaire général de l’ONU, António Guterres, dans son message vidéo à la conférence internationale sur le Soudan à Berlin mercredi, a été bref et clair. À l’occasion du troisième anniversaire du déclenchement de la guerre au Soudan entre les dirigeants de l’État et de l’armée et les milices RSF (Rapid Support Forces) qui ont rejoint le soulèvement, provoquant ce qui est actuellement la plus grande crise humanitaire au monde, des représentants de nombreux États et organisations se sont réunis au ministère des Affaires étrangères.
«Nous partageons tous une responsabilité humanitaire envers le peuple soudanais», a déclaré le ministre fédéral des Affaires étrangères Johan Wadephul (CDU) à l’ouverture de la partie publique de la conférence axée sur l’aide humanitaire. Ils veulent « envoyer un message au peuple soudanais : nous sommes à vos côtés ». Si aucune solution n’est trouvée maintenant, cela pourrait devenir « un défi encore plus grand » à l’avenir.
Dans la matinée, ministres et diplomates se sont réunis à huis clos pour discuter des perspectives d’un processus de paix sans la participation des parties belligérantes. Dans le même temps, des discussions ont eu lieu avec et entre des représentants civils indépendants venus du Soudan. Après des débats controversés, ils se sont mis d’accord sur un appel commun à mettre fin à la guerre et à engager un processus politique dirigé par les Soudanais.
Le quintette des cinq organisations internationales impliquées dans la préparation de la conférence – l’Union européenne et africaine, la Ligue arabe, l’alliance régionale IGAD des Etats de la Corne de l’Afrique et l’ONU – a d’abord évoqué dans un communiqué une « détérioration progressive de la situation » au Soudan. Il a décrit la réunion de Berlin comme une « opportunité d’accroître l’engagement international à un moment critique du conflit, d’appeler à la désescalade et de rendre plus visibles les perspectives civiles soudanaises ».
L’Allemagne promet 212 millions d’euros
Les engagements des donateurs en matière d’aide humanitaire étaient publiquement au premier plan. Alors que les organisations humanitaires telles que le Programme alimentaire mondial (PAM) soulignent que la crise humanitaire ne peut pas être résolue uniquement par l’aide humanitaire, mais nécessite des négociations politiques, les gouvernements placent l’argent au premier plan. L’Allemagne promet 212 millions d’euros d’aide nouvelle, devant les États-Unis avec 220 millions de dollars américains (187 millions d’euros) et le Royaume-Uni avec 146 millions de livres (168 millions d’euros).
La violence sexiste et le soutien aux groupes locaux devraient être au cœur des paiements. Les pays de la région soulignent également les charges qui pèsent sur les pays voisins, pour lesquels ils appellent à un soutien international accru.
Selon des informations allemandes, les engagements des donateurs s’élèvent à environ 1,5 milliard d’euros pour financer les plans d’aide humanitaire de l’ONU au Soudan. Cela nécessite 2,2 milliards de dollars américains (près de 1,9 milliard d’euros). Comme l’a expliqué à Berlin le secrétaire général adjoint de l’ONU aux affaires humanitaires, Tom Fletcher, cet argent devrait permettre d’atteindre 14 des 20 millions de personnes qui dépendent de l’aide humanitaire au Soudan, soit près de la moitié de la population. Jusqu’à présent, seuls deux millions ont été atteints.
L’accès des aides n’est pas garanti
Les donateurs doivent maintenant tenir leurs promesses, a prévenu Fletcher et a demandé que les fonds promis soient versés rapidement ainsi qu’un meilleur accès et une meilleure protection. Le poste frontière d’Adré depuis le Tchad, par lequel on peut accéder aux zones de RSF au Darfour, doit rester ouvert en permanence – jusqu’à présent, cela dépendait de permis temporaires.
De nombreux participants se sont plaints de l’obstruction de l’aide humanitaire par les deux parties belligérantes et ont appelé à davantage de soutien aux organisations de défense des droits de l’homme et aux enquêtes sur les crimes de guerre. Le ministre des Affaires étrangères Wadephul a déclaré aux journalistes : « Nous ne tolérerons jamais la souffrance humaine, les atrocités quotidiennes et les pires crimes de guerre. »
La France a renouvelé son appel à étendre à l’ensemble du territoire national l’embargo sur les armes imposé par l’ONU au Soudan, limité au Darfour. La Grande-Bretagne a appelé à une action plus ferme contre les flux illégaux d’armes et contre les matières premières du Soudan. Cependant, la manière exacte dont un cessez-le-feu humanitaire doit être obtenu et un processus politique engagé reste ouverte, tout comme la question des mécanismes de responsabilisation pour les États qui ne respectent pas l’embargo sur les armes.