Après l’Australie et l’Indonésie, la Turquie a introduit une interdiction des réseaux sociaux pour les enfants de moins de 15 ans. Dans la nuit de mercredi à jeudi, le Parlement a adopté une loi correspondante qui oblige également les plateformes en ligne à introduire des systèmes de vérification de l’âge des utilisateurs.
La loi doit encore être signée par le président Recep Tayyip Erdoğan et pourra entrer en vigueur au bout de trois mois. Depuis que l’AKP d’Erdoğan a présenté la loi, il ne fait aucun doute qu’Erdoğan la signera.
L’impulsion finale en faveur de cette loi est apparemment venue de deux incidents sanglants survenus dans des écoles, au cours desquels neuf personnes au total sont mortes. Dans une école de Kahramanmaraş, un élève a tiré sur huit camarades de classe, puis sur lui-même. Quelques jours plus tôt, un élève avait grièvement blessé plusieurs camarades de classe avec une arme à feu dans une école d’Urfa. Les deux adolescents ont été inspirés pour entreprendre leurs actions sur Internet.
La loi prévoit également que les plateformes Internet sont tenues de supprimer dans un délai d’une heure les contenus interdits si elles en ont été informées. La loi est arrivée à point nommé à l’occasion de la fête annuelle des enfants, le 23 avril, dont l’intention initiale était de rallier les enfants aux objectifs de la république. Erdoğan a profité de cette fête pour mettre en garde dans un discours contre les « influences néfastes » des grandes plateformes numériques.
La loi peut aussi servir de censure
Outre les questions liées à la mise en œuvre pratique d’une interdiction des réseaux sociaux pour les enfants, la loi turque a également une autre dimension. Cela fait partie de diverses mesures de contrôle et de surveillance d’Internet par lesquelles le gouvernement souhaite réprimer les critiques sur les réseaux sociaux.
Comme dans d’autres États autoritaires ou totalitaires, Internet est souvent le dernier espace public dans lequel une communication non censurée peut avoir lieu. Le gouvernement tente de réduire cette liberté en restreignant les plateformes. Contrairement à l’Allemagne par exemple, malgré la propagande de droite lancée par son propriétaire Elon Musk via sa plateforme, en Turquie, X reste un média indispensable pour diffuser des informations qui n’apparaissent plus dans les médias contrôlés par l’État. La plupart des médias critiques restants diffusent uniquement via Internet.
Contrairement à l’Australie, les critiques en Turquie considèrent l’interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans comme plus qu’une simple loi sur la protection de l’enfance. Néanmoins, la Turquie souhaite désormais utiliser sa loi pour se présenter comme un pionnier auprès des autres pays européens qui préparent des réglementations similaires. En Autriche, une interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans doit être votée cet été, le parlement grec a déjà présenté une loi qui devrait entrer en vigueur en 2027 et une loi sur la protection de la jeunesse concernant les réseaux sociaux est également en préparation en France.