Décision de justice en France : la veuve du président rwandais Agathe Kanziga fait l’objet d’une enquête

L’un des chapitres les plus sensibles de l’implication des politiques français auprès des auteurs du génocide des Tutsi au Rwanda en 1994 est aujourd’hui, avec beaucoup de retard, sur la table de la justice. Un tribunal de Paris a ordonné mercredi une enquête pour complicité de génocide contre l’une des dernières personnes vivantes qui connaît probablement tout de l’histoire : Agathe Kanziga, l’épouse de Juvénal Habyarimana, alors chef de l’Etat du Rwanda, avant 1994.

À cette époque, le projet se développait dans son entourage familial pour créer un Rwanda « pur » sans Tutsi : inciter la population hutue, armer les milices populaires et diffuser une propagande génocidaire dans les médias haineux.

Agathe Kanziga et Juvénal Habyarimana, tous deux descendants de la dernière famille royale hutu rwandaise de Bushiru, se sont mariés en 1963. A cette époque, Habyarimana venait de devenir le premier chef d’état-major du Rwanda indépendant. Lorsque Habyarimana est devenu chef de l’État lors d’un coup d’État militaire en 1973, la famille de Kanziga est arrivée au pouvoir et a acquis de l’influence.

Son frère aîné Protais Zigiranyirazo, appelé « Monsieur Z », est devenu préfet de Ruhengeri, où résidait autrefois Bushiru. Son demi-frère Elie Sagatwa devient secrétaire particulier du président. Son cousin Pierre-Célestin Rwagafilita devient chef de la gendarmerie. Les soldats de leur communauté d’origine dirigeaient l’armée. Tous et bien d’autres constituaient le akazula « petite maison » – le cercle informel du pouvoir autour de l’épouse du président.

Un avion abattu pour commencer

Lors de leurs réunions, des listes de noms de personnes à tuer auraient été dressées. Les services secrets étrangers français ont qualifié dans leurs rapports Agathe Kanziga et son frère « Monsieur Z » de « véritables chefs » de ce réseau criminel.

Pour passer à l’action, ils sacrifièrent le mari d’Agathe. Dans la soirée du 6 avril 1994, deux missiles ont abattu l’avion du président Juvénal Habyarimana alors qu’il approchait de Kigali – vraisemblablement tirés par sa propre garde comme le premier acte d’un coup d’État militaire visant à saboter la paix avec la guérilla tutsie de l’époque, le FPR (Front patriotique rwandais). Les militaires accusèrent le FPR, prirent le pouvoir et appelèrent les Hutus à assassiner tous les Tutsis. Jusqu’à un million de personnes sont mortes avant que le FPR ne conquière le Rwanda et ne repousse ses auteurs vers le Congo voisin (alors Zaïre).

Après la fin brutale du génocide, celui-ci s’est dispersé akazu. Certains se sont retrouvés devant le tribunal des Nations Unies pour le génocide, d’autres ont trouvé l’asile et d’autres encore ont continué à se battre depuis le Congo. Agathe Habyarimana a été évacuée du pays le 9 avril 1994, quelques jours après le début des massacres. Elle était dans le premier avion de la mission d’évacuation française qui a secouru les Blancs et laissé les Tutsis rwandais à leur sort.

La veuve a emménagé dans la copropriété de son mari à Paris, n’a pas pu récupérer son argent, est allée au Gabon, est ensuite revenue à Paris, a obtenu l’asile – et a repoussé pendant des décennies toute tentative visant à lui retirer son statut de réfugié, à l’extrader ou à la traduire en justice en France. Aujourd’hui âgé de 83 ans, il incarne l’éminence grise de la diaspora radicale hutue. Son fils Jean-Luc est considéré comme le lien le plus important avec le gouvernement de la République démocratique du Congo, où les fugitifs hutus auteurs du génocide mènent toujours la guerre et rêvent de reprendre le Rwanda.

En août 2025, la justice française a rejeté la demande d’ouverture d’une enquête pour génocide contre Agathe Kanziga. La cour d’appel a maintenant annulé cette décision. Il sera intéressant de voir ce qui suit.