Élections au Bénin : rempart contre les islamistes et les militaires putschistes

Les bulletins de vote étaient gérables. D’un côté du journal se trouvait la photo du ministre des Finances Romuald Wadagni sur fond bleu, de l’autre celle de l’opposant Paul Hounkpè sur fond vert.

Ce n’est pas un hasard s’il n’y avait que deux candidats parmi lesquels choisir lors de l’élection présidentielle de dimanche au Bénin. Les obstacles étaient si élevés qu’outre le candidat du gouvernement et parti de Hounkpè, les FCBE (Forces Cauris pour un Bénin émergent) personne ne répondait aux critères d’éligibilité. L’opposition béninoise avait déjà complètement échoué aux élections législatives de janvier en raison d’un obstacle de 20 pour cent. La coalition gouvernementale du président sortant Patrice Talon détient les 109 sièges de l’Assemblée nationale.

Après dix ans au pouvoir, Talon ne se représentera pas conformément à la constitution. Son successeur désigné est le ministre des Finances Romuald Wadagni, 49 ans. Il n’y a pas de réelle concurrence en vue avec Paul Hounkpè, même si son parti a dirigé le Bénin pendant dix ans avant 2016. Car l’opposition est également fragmentée. Aucun des partis qui n’ont pas participé à la course n’a fait de recommandation électorale à l’avance, et certains ont même appelé au boycott.

Il y a donc beaucoup à dire pour une victoire de Wadagni et donc pour la continuité. La seule chose qui reste ouverte est la participation électorale. En 2021, ce chiffre n’était que de 50 pour cent, contre 65 pour cent lors des élections de 2016.

Forte croissance, mais tensions politiques

Semblable à Talon, Wadagni se concentre principalement sur le développement économique. Sous Talon, qui était l’un des entrepreneurs les plus importants du pays avant d’entrer en politique, l’économie du Bénin a connu une croissance considérable – environ 7 pour cent par an, selon le FMI.

Un défi pour le Bénin est la multiplication des attaques des groupes islamistes dans le nord, dans la zone frontalière avec le Niger et le Burkina Faso. Les attaques croissantes des groupes djihadistes alliés à al-Qaïda « Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin » (JNIM) et « État islamique – Province du Sahel » (ISSP) contre des installations militaires et des civils ont également été un enjeu majeur de la campagne électorale. Le nombre de soldats et de policiers était d’autant plus important lors des élections de dimanche.

La loyauté des forces armées envers la Constitution a été mise en doute en décembre lorsqu’une tentative de coup d’État du commandant des forces spéciales Pascal Tigri a secoué le Bénin. Il a été écrasé en quelques heures grâce à l’aide militaire de la France, du Nigeria et de la Côte d’Ivoire, mais Tigri a pu fuir le pays.

Les liens étroits du Bénin avec l’Occident devraient rester intacts sous la direction de Wadagni, qui a suivi une formation de comptable en France. En tout cas, le jour même du scrutin, le président sortant Talon avait assuré vouloir prendre sa retraite avec le changement de mandat et ne pas « influencer » son successeur.