Homophobie d’État au Sénégal : Des peines élevées pour les « actes contre nature »

Cette décision n’est pas une surprise : le Premier ministre sénégalais, Ousmane Sonko, souhaite renforcer la loi en vigueur qui punit l’homosexualité. À l’avenir, comme Sonko l’a personnellement expliqué au Parlement mardi, les relations homosexuelles seront punies jusqu’à dix ans de prison. Cela double la peine possible. Auparavant, l’article 319 du Code pénal sénégalais prévoyait un à cinq ans de prison pour les actes dits « contre nature ».

Sonko, dont le parti Pastef (Patrites africains au Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité) a remporté les élections de 2024 grâce à un discours d’affirmation de la jeunesse africaine marginalisée contre la vieille puissance coloniale France, a déjà tenu à plusieurs reprises des déclarations homophobes dans le passé.

Le projet de loi s’accompagne d’une vaste campagne contre l’homosexualité, liée à des allégations de transmission intentionnelle du VIH et de pédophilie. Depuis environ deux semaines, des arrestations de personnes présumées homosexuelles ont lieu dans tout le pays.

Le week-end dernier, des manifestants sont descendus dans les rues de la capitale Dakar pour exiger un nouveau durcissement des lois en vigueur – peu avant que Sonko ne présente les plans correspondants.

L’initiative citoyenne porte sur la lutte contre l’homosexualité, la protection des enfants, la lutte contre la transmission intentionnelle du VIH et la préservation des valeurs sociales, culturelles et religieuses, explique l’initiatrice Tidiane Dia. Son camion, équipé de haut-parleurs, roulait dans les rues. Sur l’aire de chargement : Dia, entouré de représentants de la société civile, de l’éducation, des parents et des autorités locales, heureux de la forte participation.

Liens pédocriminels avec la France

Alors que l’homosexualité est largement interdite socialement au Sénégal, le rejet a pris une nouvelle dimension ces deux dernières semaines. L’élément déclencheur est la découverte de deux affaires différentes : d’une part, l’arrestation d’un groupe d’hommes accusés d’homosexualité, et d’autre part, le démantèlement d’un réseau pédocriminel présumé ayant des liens avec la France. Dans les deux cas, les suspects sont également accusés d’avoir intentionnellement transmis le VIH.

Depuis lors, les sujets se sont mélangés dans le débat public et avec eux les frontières entre crime, maladie et identité sexuelle. Au moins 30 personnes ont été arrêtées dans le cadre de la campagne anti-gay au cours des deux dernières semaines. En réponse, de plus en plus de personnes accusées d’actes homosexuels publient désormais des résultats négatifs au test VIH sur les réseaux sociaux afin de se défendre contre de telles accusations.

Selon l’organisation Stop Homophobie, basée à Paris, de plus en plus de membres de la communauté LGBT sénégalaise envisagent l’exil en raison du climat hostile. Rien qu’au cours des derniers jours, 18 demandes d’aide à la sortie du pays ont été reçues, rapporte le secrétaire général Terrence Khatchadourian.

Le Ghana veut aussi durcir les lois

Le Sénégal n’est pas le seul en Afrique de l’Ouest à faire pression pour un renforcement des lois existantes. Au Ghana également, un projet de loi sur les « projets de loi sur les droits sexuels humains et les valeurs familiales » a de nouveau été officiellement présenté au Parlement la semaine dernière. Cela envisage, à l’instar du Sénégal, de renforcer la criminalisation existante des personnes LGBT et de sanctionner tout soutien. En outre, l’accès aux soins de santé et à d’autres services de base doit être massivement restreint.

Au cours de la campagne électorale de 2024, le vainqueur des élections, l’actuel président du Ghana, John Mahama, a déclaré publiquement qu’il signerait la loi immédiatement si le Parlement l’adoptait.