L’Allemagne conclut un accord de libre-échange avec le Mercosur

Berlin. Mercredi, le Cabinet fédéral a approuvé la signature de l’accord commercial et de partenariat entre l’UE et le Mercosur. Le chancelier Friedrich Merz a déjà annoncé qu’il souhaiterait en faire part au plus tard lors de la dernière réunion du Conseil européen de cette année, les 18 et 19 décembre à Bruxelles. L’accord est considéré comme l’un des projets commerciaux les plus controversés politiquement de l’UE. Puisqu’il s’agit d’un accord dit mixte, une fois signé, l’UE et l’ensemble des 27 États membres ainsi que les parlements des États du Mercosur doivent le ratifier conformément à leurs règles constitutionnelles respectives.

L’accord de libre-échange fait l’objet de luttes depuis plus de 25 ans avec les États du Mercosur que sont l’Argentine, le Brésil, l’Uruguay et le Paraguay. La Bolivie en est désormais également membre à part entière. En période de changement géopolitique, l’accord commercial est considéré comme un élément central de la stratégie géopolitique plus large de l’UE visant à diversifier ses relations commerciales et à ouvrir de nouveaux marchés. Il est prévu de créer l’une des plus grandes zones de libre-échange au monde.

Mais les critiques restent persistantes et variées. Les organisations environnementales, de défense des droits de l’homme et d’agriculteurs avertissent que cet accord pourrait exacerber les risques sociaux et environnementaux. L’ONG PowerShift prévient qu’un oui allemand enverrait un « signal fatal ». En fin de compte, de grandes industries telles que les entreprises automobiles et chimiques en bénéficieraient, tandis que la protection du climat, de l’environnement et des consommateurs ainsi que l’agriculture rurale des deux côtés de l’Atlantique continueraient d’être sous pression.

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Il y a quelques semaines, 50 organisations de la société civile allemande faisant partie du Fair World Trade Network se sont tournées vers le gouvernement fédéral allemand. Ils ont exigé que l’accord commercial ne soit pas approuvé au Conseil européen. Plus de 400 acteurs de la société civile d’Europe et d’Amérique du Sud ont également exprimé leur opposition. En se mettant d’accord, l’Allemagne et l’UE ont perpétué la déforestation, l’exploitation et la destruction de l’environnement dans les pays du Sud ainsi qu’une avancée dans la crise climatique. Au moins 700 000 hectares de forêt seraient abattus dans les pays du Mercosur en raison de l’expansion des échanges commerciaux avec l’UE afin de générer des quotas d’importation accrus de bœuf, d’agrocarburants et d’autres exportations vers l’UE.

Le Fair World Trade Network critique également le fait que l’accord met en danger la santé de la population des deux côtés de l’Atlantique. Il favorise l’expansion des monocultures à forte intensité de pesticides dans le Mercosur, qui utilisent souvent des substances interdites dans l’UE en raison de leurs risques pour la santé et l’environnement. La forte augmentation de l’utilisation de pesticides au Brésil a déjà entraîné des empoisonnements, une eau potable contaminée et une augmentation des taux de cancer. Les grandes entreprises chimiques telles que Bayer, BASF et Alzchem bénéficieraient particulièrement de la réduction des droits de douane sur les importations de pesticides, tandis que les consommateurs européens pourraient également être davantage confrontés au fardeau des résidus lors des réimportations.

Un mécanisme de compensation dans le processus de règlement des différends, dont les effets sur les principaux instruments environnementaux et climatiques de l’UE sont très controversés, suscite de nouvelles critiques. La Commission européenne a accepté cette proposition dans le but de persuader les États du Mercosur de prendre des engagements environnementaux plus forts. Les critiques craignent que le mécanisme puisse édulcorer le règlement européen sur la déforestation (EUDR) en compensant les pertes économiques dans les États du Mercosur par des réglementations environnementales plus strictes. Le mécanisme d’ajustement aux frontières en matière de CO₂ (MACB) pourrait également être vidé de sa substance en affaiblissant, voire en neutralisant son impact sur les coûts des importations à forte intensité de CO₂. Cela crée le risque que les instruments de protection des forêts et de protection du climat soient politiquement affaiblis au lieu d’être renforcés.