Mexico. La présidente mexicaine Sheinbaum a annoncé lundi dernier qu’elle transmettrait à la Commission interaméricaine des droits de l’homme (CIDH) le décès de tous les Mexicains aux États-Unis qui étaient détenus par l’Immigration and Customs Enforcement (ICE). Le 25 mars, le Mexicain José Guadalupe Ramos, 52 ans, est décédé au centre de traitement ICE d’Adelanto, en Californie. Il est au moins le 14e Mexicain à mourir alors qu’il était détenu par l’ICE pendant le deuxième mandat de Donald Trump.
Les agents du centre Adelanto ont trouvé Ramos inconscient dans sa cellule. Les détenus ont rapporté qu’il avait déjà eu des difficultés à respirer et qu’il montrait des signes de surchauffe. Il a été transporté dans un hôpital voisin où son décès a été constaté. Des témoins soupçonnent qu’il est peut-être déjà mort dans sa cellule. La famille se bat pour obtenir des éclaircissements. Son avocat, Jesús Eduardo Arias, a critiqué le manque de contact direct avec les autorités.
Ramos a émigré aux États-Unis il y a 28 ans. Selon Arias, le défunt n’avait aucun casier judiciaire. L’ICE a cependant déclaré que Ramos avait été arrêté en Californie pour possession d’une substance illégale et vol et emmené au centre Adelanto. L’autorité a également cité des maladies préexistantes telles que le diabète, l’hypertension artérielle et l’hypercholestérolémie comme causes du décès et a affirmé avoir prodigué des soins médicaux. Dans le même temps, l’ICE a qualifié le défunt d’« étranger criminel en situation irrégulière » sur son site Internet. Arias a critiqué la criminalisation des défunts, la qualifiant d’« inhumaine ». Les détenus et les groupes de défense des droits des migrants signalent qu’ils se voient refuser des soins médicaux, une nourriture inadéquate et un manque d’assainissement.
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Sheinbaum a souligné que le Mexique suit systématiquement les décès détenus par les États-Unis. En plus de rendre compte à la Commission interaméricaine des droits de l’homme, elle souhaite envoyer des lettres diplomatiques et élargir le réseau consulaire pour assurer une assistance juridique, un contact direct avec les familles et un meilleur contrôle des conditions carcérales. En outre, le Mexique envisage de déposer un mémoire d’amicus curiae dans le cadre d’un procès en cours depuis janvier concernant les conditions de détention à Adelanto.
La mort de Ramos fait partie d’une série d’affaires. Selon les chiffres du gouvernement mexicain, les autorités américaines ont arrêté 177 192 ressortissants depuis le 20 janvier de cette année, dont 13 722 seraient toujours en détention en raison de leur statut d’immigration. Des rapports publics font état d’au moins 14 décès en détention par l’ICE cette année. Vanessa Calva, directrice générale de la protection consulaire, estime que le cas Ramos Solano n’est pas un cas isolé mais pointe du doigt des carences systématiques. Le consul à Los Angeles, Carlos González Guitiérrez, a également exprimé ses inquiétudes quant au fonctionnement des centres de détention et à l’externalisation de ces services vers des entreprises privées.
En déposant une plainte contre les États-Unis devant la Commission des droits de l’homme, le Mexique veut faire pression sur le gouvernement américain. Cette mesure constitue également une critique publique directe du Mexique à l’égard des États-Unis.