Comme si la République démocratique du Congo n’avait pas assez de problèmes avec l’épidémie actuelle d’Ebola et les nombreuses guerres et conflits que traverse le pays, le président congolais Félix Tshisekedi prépare actuellement le terrain pour un troisième mandat. Conformément à la Constitution, après son mandat actuel, il n’est plus autorisé à se présenter aux élections de fin 2028. Mais petit à petit, le gouvernement fait désormais passer par les institutions une loi qui pourrait jeter les bases d’une modification de la Constitution par le biais d’un référendum.
La constitution congolaise de 2026 interdit en effet explicitement toute modification de la durée du mandat présidentiel. Le projet de loi proposé contourne cette disposition en donnant au président la possibilité d’amender la constitution en cas de « dysfonctionnement grave » des institutions de l’État. Qu’il s’agisse de la guerre sans fin dans l’est du pays ou de l’épidémie d’Ebola, tous ces facteurs pourraient être qualifiés de « dysfonctionnement ».
La semaine dernière, l’Assemblée nationale, en tant qu’organe législatif, a adopté la loi, et le Sénat a emboîté le pas lundi. 89 sénateurs ont pris part au vote lundi. Tout le monde a voté pour approuver le projet de loi. 20 sénateurs sont restés à l’écart du vote. Il ne manque plus que la signature du président.
Tshisekedi, 62 ans, est au pouvoir depuis début 2019 après que son prédécesseur Joseph Kabila a quitté ses fonctions fin 2018 suite à de fortes pressions internationales. Son deuxième et dernier mandat a pris fin en 2016. Il est néanmoins resté en fonction jusqu’à la tenue des élections fin 2018. Il avait alors promis aux Congolais qu’il ne modifierait pas la constitution. Seulement pour retarder les élections de deux ans afin de rester au pouvoir. Même alors, la guerre a dû être utilisée pour justifier l’absence d’élections.
« Si le peuple le veut », clame Tshisekedi
La nomination de Tshisekedi comme son successeur fin 2019 a été controversée dès le départ car, selon Corneille Nangaa, alors président de la commission électorale de la CENI, il n’avait pas remporté le décompte des voix. Au lieu de cela, il a été porté au pouvoir grâce à une poignée de main avec son prédécesseur Kabila. Nangaa est désormais à la tête de la coalition rebelle AFC (Alliance du fleuve Congo), dont les rebelles du M23 (Mouvement du 23 mars) constituent la force la plus importante.
Nangaa a déclaré à plusieurs reprises vouloir écarter Tshisekedi du pouvoir et ainsi corriger cette erreur historique. Aux élections de 2023, Tshisekedi a gagné avec 73 % des voix.
Lors d’une conférence de presse en mai, Tshisekedi a déclaré qu’il « ne briguerait pas un troisième mandat ». Mais il l’accepterait « si le peuple le souhaite ».
Affrontements devant le Parlement
L’opposition est particulièrement mécontente du fait que Tshisekedi souhaite désormais rester au pouvoir. Surtout le leader de l’opposition Martin Fayulu, qui a remporté le décompte des voix en 2018. L’opposition, par ailleurs divisée, a uni ses forces en mai sous la bannière « C64 » (article 64 de la Coalition) et a appelé à manifester.
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Vendredi, des affrontements ont eu lieu entre des membres de l’opposition et des partisans de Tshisekedi devant le Parlement à Kinshasa, et la police est intervenue pour disperser les manifestations. Fayulu a été blessé. Il qualifie la loi de « tromperie » destinée à permettre à Tshisekedi de « réaliser un véritable coup d’État constitutionnel ».