Pourquoi les États-Unis ont-ils officiellement reconnu le gouvernement du Venezuela ?

La lettre du Département d’État au tribunal de New York montre que la « reconnaissance » concerne une notification procédurale visant à identifier les débiteurs dans quatre affaires impliquant des jugements sur des demandes de dommages et intérêts de plusieurs millions de dollars pour violations des droits de l’homme et dettes envers les créanciers.

Le gouvernement américain n’a pas apporté de « soutien politique » à Delcy Rodríguez en la reconnaissant comme présidente du Venezuela. La réalité documentée dans l’avis officiel du Département d’État du 10 mars 2026 est beaucoup plus prosaïque et moins glorieuse : il s’agit d’un avis de procédure informant le tribunal fédéral du district sud de New York contre lequel des jugements pour des dommages et intérêts de plusieurs millions de dollars devraient être exécutés. Il s’agit notamment d’indemnisations pour enlèvements, tortures, meurtres et actes de terrorisme, ainsi que de dettes envers les créanciers de PDVSA.

La lettre, signée par l’ambassadeur Michael G. Kozak et adressée au procureur général fédéral Jay Clayton, fait suite à une ordonnance expresse émise par la juge Sarah Netburn le 12 janvier 2026. Le juge avait un besoin urgent de savoir qui représentait légalement le Venezuela afin de poursuivre la saisie des actifs, principalement ceux de Citgo, et de les répartir entre les plaignants avec des jugements définitifs en leur faveur.

Les quatre dossiers de recouvrement de créances

Le document officiel mentionne spécifiquement quatre affaires classées impliquant des centaines de millions de dollars de sanctions, dont les verdicts n’ont pas encore été appliqués.

1. Stansell et coll. c. Farc et al. (16 Misc. 405) : Le procès des trois entrepreneurs militaires américains enlevés par la guérilla des FARC en 2003 et libérés avec Ingrid Betancourt dans le cadre de l’opération militaire Jaque. Un verdict de plusieurs millions de dollars a été prononcé pour enlèvement et terrorisme.

2. Pescatore et coll. c. Palmera Pineda et al. (18 Misc. 545) : Un autre cas de victimes du terrorisme des FARC exigeant une compensation financière.

3. La question des créances sur le compte Valero-Petrocedeño (20 Misc. 249) concerne plusieurs créanciers de PDVSA, en particulier du conglomérat Petrocedeño, qui souhaitent faire exécuter leurs jugements contre Citgo par la saisie des actifs.

4. Osio et al. contre Maduro Moros et al. (25 Misc. 390) : Le cas de la famille du conseiller Fernando Albán. Son épouse, Meudy Albán Osío, et ses enfants ont obtenu un jugement de 217 millions de dollars contre Nicolas Maduro pour enlèvement, torture et meurtre.

Clayton : le collectionneur de Wall Street

Le destinataire de la lettre n’est pas n’importe quel fonctionnaire. Jay Clayton, nommé procureur fédéral en août 2025, est un avocat d’affaires de Wall Street avec plus de 20 ans d’expérience chez Sullivan & Cromwell et ancien président de la Securities and Exchange Commission. Bien qu’il n’ait aucune expérience en droit pénal, comme l’ont reconnu les médias américains, il est un expert en matière de saisies, de structures patrimoniales complexes et de contrôle financier.

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Sa nomination révèle la véritable nature de l’opération : il ne s’agit pas de mettre Maduro en prison (ce serait seulement symbolique), mais d’assurer efficacement le recouvrement de jugements de plusieurs millions de dollars sur les avoirs vénézuéliens.

La réalité procédurale derrière le discours politique

Alors que le discours officiel parle de « démocratie », de « transition pacifique » et de « reconnaissance d’un gouvernement légitime », la réalité procédurale est autre.

Sans gouvernement reconnu, les actifs vénézuéliens se trouvaient dans une zone grise juridique. Aucun jugement ne pouvait être exécuté car il n’existait pas de destinataire clair contre lequel la saisie pouvait être effectuée.

– La lettre du Département d’État américain résout ce problème en déclarant que Delcy Rodríguez « est le seul chef d’État autorisé à agir au nom du Venezuela ».

– Cela permet aux plaignants de procéder aux saisies-arrêts et à Clayton de gérer la répartition des actifs.

Ceci n’est pas un accusé de réception mais un avis de recouvrement

La « reconnaissance » de Delcy Rodríguez n’est ni un geste diplomatique ni un soutien politique de la part du gouvernement américain. D’un point de vue purement juridique, il s’agit d’une notification procédurale requise par le droit américain si des jugements contre un État étranger doivent être exécutés.

Le tribunal de New York a exigé un nom dans le champ « défendeur » pour procéder. Le Département d’État l’a livré. Les victimes de violations des droits humains et les créanciers de PDVSA disposent désormais d’un chemin clair pour recouvrer leurs dettes.

Jay Clayton, l’avocat de Wall Street sans expérience en droit pénal mais avec une vaste expertise en matière de contrôle des avoirs, est le responsable chargé de veiller à ce que les jugements se traduisent effectivement en paiements.

En bref, les États-Unis n’ont pas « reconnu un gouvernement démocratique ». Au contraire, ils ont créé les conditions juridiques pour la saisie des actifs vénézuéliens afin de rembourser des dettes valant des millions.