Le rédacteur en chef de l’hebdomadaire malien « L’Alternance » a été condamné à deux ans de prison. Il avait publié des critiques à l’égard des dirigeants militaires du Niger.
Deux ans de prison sans possibilité de libération conditionnelle et une amende d’un million de francs CFA (environ 1 500 euros), c’est la peine avec laquelle le tribunal pénal malien de la cybercriminalité veut faire taire l’éditeur du journal Youssouf Sissoko. Le journaliste et rédacteur en chef du journal malien a été condamné L’Alternance pour « atteinte à la réputation de l’État », « insulte à un chef d’État étranger » et « diffusion de fausses informations ».
La raison est un article que Sissoko n’a pas écrit elle-même. Dans son numéro du 2 février, son hebdomadaire titrait avec un article de l’auteur en exil Sambou Sissoko. Il y examine d’un œil critique les événements du 29 janvier, date de l’attentat spectaculaire contre l’aéroport de Niamey, au Niger voisin.
Alors que le groupe terroriste État islamique au Grand Sahara (EIGS) a revendiqué l’attaque, le chef de la junte nigérienne, Abdourahamane Tiani, a imputé la responsabilité de l’attaque à la France, au Bénin et à la Côte d’Ivoire. « Soit ses services de renseignement sont profondément incompétents, soit il ment délibérément. Dans le cas du général Abdourahamane Tiani, la deuxième possibilité semble être la plus probable », dit entre autres l’article.
Il existe également des phrases qui pourraient également s’appliquer au Mali : « Vous ne pouvez pas promettre une sécurité sans fin et en même temps subir de plus en plus de défaites militaires. Vous ne pouvez pas célébrer éternellement la souveraineté économique et en même temps laisser le pays s’appauvrir. Vous ne pouvez pas constamment blâmer les ennemis étrangers alors que la menace vient évidemment de l’intérieur de votre propre alliance régionale. »
«Dangereux précédent»
Faute d’accès à l’auteur, les autorités maliennes se contentent désormais de l’éditeur. Pour l’Association des éditeurs de presse privée du Mali (ASSEP), ce verdict constitue un « dangereux précédent pour la liberté d’expression ». Au Mali, les voix critiques sont régulièrement réduites au silence par la junte militaire au pouvoir depuis cinq ans. L’Alternance n’apparaît plus. De nombreux médias nationaux et internationaux ont été suspendus au fil des années, parmi lesquels RFI, France24 et, depuis janvier, le magazine Jeune Africain. La censure ne concerne plus seulement la critique de son propre gouvernement, mais aussi celle des régimes voisins du Niger et du Burkina Faso.
Les trois pays ont uni leurs forces en 2023 pour former l’alliance régionale Alliance des États du Sahel (AES) et se sont détournés des institutions prétendument occidentales comme la Cour pénale internationale ou la Communauté économique ouest-africaine Cedeao.
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