Épidémie d’Ebola au Congo : le virus traverse les frontières des pays voisins

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclaré dimanche une urgence sanitaire internationale. La raison en est une nouvelle épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo, qui a déjà fait des morts en Ouganda voisin.

Les premiers cas de fièvre hémorragique mortelle sont apparus la semaine dernière dans la province congolaise orientale de l’Ituri, le long de la frontière avec l’Ouganda voisin. Selon les informations de l’OMS samedi, huit cas ont désormais été confirmés en laboratoire dans les villes de Bunia, Rwampara et Mongbwalu. 246 patients sont sous observation, mais les résultats de leurs tests ne sont pas encore disponibles. On estime que 80 personnes sont déjà mortes de cette infection virale mortelle, qui peut provoquer une fièvre extrêmement élevée et des saignements des yeux, des oreilles et d’autres organes du corps.

Les trois villes touchées jusqu’à présent dans l’est du Congo sont situées au milieu de la zone de guerre, où d’innombrables personnes ont été chassées de leurs villages ces dernières années et vivent désormais entassées dans des villes raisonnablement sûres, certaines dans des camps. Dans le même temps, les postes de santé, déjà mal équipés, sont complètement débordés. « Ces dernières semaines, la ville de Mongbwalu a enregistré une cascade de décès, avec au moins cinq à six morts dans les rues chaque jour », a déclaré un représentant de la société civile à l’agence de presse Afp. « Nous venons de creuser les tombes de trois personnes, mais nous ne savons pas de quoi elles sont mortes ». Des mesures d’hygiène ont désormais été introduites dans les écoles et autres établissements publics.

Se propager en Ouganda

Les zones touchées à l’est du Congo sont des points de transbordement pour le trafic transfrontalier de marchandises. Cela a apparemment conduit à l’admission indépendante de deux personnes soupçonnées d’avoir été infectées dans l’est du Congo dans des cliniques de Kampala, la capitale ougandaise. Un Congolais est soigné en soins intensifs depuis lundi dernier ; il est décédé jeudi.

Les autres Congolais malades sont toujours soignés en Ouganda. Il s’agit d’un « cas importé », selon le ministère ougandais de la Santé. Des mesures appropriées sont désormais prises pour maîtriser l’épidémie, notamment des mesures de quarantaine pour tous les contacts.

Le directeur de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a spécifiquement souligné samedi dans un communiqué : « Tout indique une épidémie potentiellement beaucoup plus importante que celle actuellement détectée et signalée, avec un risque de propagation local et régional important. » En outre, les connaissances sur les liens épidémiologiques entre les cas connus ou suspectés sont encore limitées, souligne-t-il.

Premiers cas également à Kinshasa et au Rwanda

Dimanche, les autorités congolaises ont confirmé le premier cas dans la capitale congolaise Kinshasa, à 1 700 kilomètres à vol d’oiseau. Deux cas suspects ont également été signalés dimanche dans la ville de Goma, dans l’est du Congo, à quelques centaines de kilomètres au sud de la zone épidémique, le long de la frontière avec le Rwanda voisin. Goma est actuellement administrée par les rebelles congolais du M23 (Mouvement du 23 mars). Le gouvernement rwandais a fermé le poste frontière entre Goma et la ville sœur rwandaise de Gisenyi par mesure de précaution afin d’empêcher un trafic frontalier intense.

La région des Grands Lacs a connu plus de 20 épidémies d’Ebola dans un passé récent, la dernière en date étant plus de 30 personnes sont mortes lors d’une épidémie dans le centre du Congo en 2025. Lors des épidémies récentes, de nouveaux vaccins ont été utilisés, ce qui a considérablement réduit le nombre de décès et d’infections.

Le problème, selon l’OMS : l’épidémie aiguë implique une souche extrêmement rare d’agent pathogène, le soi-disant virus Bundibugyo (BVD), originaire de la région frontalière de Bundibugyo en Ouganda, où la souche a été découverte pour la première fois en 2008. Il s’agit de l’une des six souches d’Ebola. Contrairement, par exemple, à la souche dite Zaïre, qui sévit récemment dans la région, il n’existe actuellement aucun vaccin ni médicament contre la souche BVD. Dans ce contexte, l’OMS met désormais en garde contre la propagation du virus mortel au-delà des frontières. Cependant, il n’existe pas encore de risque mondial de pandémie.