Conflit constitutionnel en RD Congo : le président Tshisekedi veut gouverner plus longtemps que prévu

Tels sont les secrets les moins bien gardés de la République démocratique du Congo : les prochaines élections présidentielles et parlementaires, fin 2028, n’auront pas lieu. Le président Félix Tshisekedi, dont le deuxième et dernier mandat de cinq ans arrive à son terme, restera en fonction plus longtemps que prévu. Et la constitution actuelle de 2006, alors fondement de l’ordre congolais d’après-guerre, ne survivra pas sous sa forme actuelle.

Tout est clair depuis la conférence de presse du président Tshisekedi, le 6 mai. « Malheureusement, si nous ne parvenons pas à mettre fin à cette guerre, nous ne pourrons pas organiser d’élections en 2028 », a déclaré le chef de l’Etat aux journalistes à Kinshasa, la capitale, faisant référence au fait que la majeure partie de la population des provinces orientales du Nord et du Sud-Kivu vit sous le règne du mouvement rebelle M23 (Mouvement du 23 mars).

En d’autres termes : tant que la guerre continuera, Tshisekedi restera président. Et même lors de nouvelles élections auxquelles il ne sera plus autorisé à se présenter, cela pourrait rester ainsi : « Je ne demande pas un troisième mandat. Mais si le peuple veut que j’obtienne un troisième mandat, je l’accepterai », a déclaré le chef de l’Etat. Le changement constitutionnel nécessaire, a-t-il précisé, « ne se fera jamais sans le peuple, c’est-à-dire par référendum ».

Comment un référendum constitutionnel devrait-il être possible alors que des élections sont impossibles est l’une des nombreuses questions ouvertes depuis cette conférence de presse. Le camp politique du président mobilise depuis longtemps un soutien en faveur d’une nouvelle constitution. Il n’y a pas de débat dans le camp gouvernemental sur un éventuel successeur de Tshisekedi à la présidence car il est clair qu’il restera de toute façon.

La constitution actuelle est claire

Les préparatifs des prochaines élections n’avancent pas : une révision des listes électorales est en vue, et la commission électorale est largement incapable d’agir depuis qu’un incendie majeur dans son entrepôt central de Kinshasa, le 20 novembre 2025, a détruit la plupart de ses appareils électroniques.

Le 20 avril, l’alliance du parti USN (Union Sainte de la Nation) de Tshisekedi a lancé une « consultation » d’un mois sur d’éventuels changements constitutionnels. Un troisième mandat présidentiel est évoqué à maintes reprises. Cela n’est possible qu’avec une constitution entièrement nouvelle.

La Constitution actuelle exclut non seulement un troisième mandat élu – l’article 220 interdit également toute modification de cette clause. L’article 219 interdit également toute réforme constitutionnelle en temps de guerre ou d’état d’urgence, ce qui est actuellement le cas.

Les politiciens de l’opposition sont désormais horrifiés. Le parti « Ensemble » du principal opposant désormais exilé de Tshisekedi aux dernières élections de 2023, Moïse Katumbi, a accusé Tshisekedi de « haute trahison » et a appelé à sa destitution et à son inculpation. L’ancien allié de Tshisekedi, Jean-Marc Kabund, a qualifié l’apparition du président de « jour sombre pour notre pays » et a appelé les Congolais à « se lever et sauver le pays ».

Le camp de Tshisekedi réagit durement à l’alliance de l’opposition

« Sauvons le Congo », c’est aussi le nom de l’alliance d’opposition de l’ancien président Joseph Kabila, qui vit désormais avec les rebelles du M23 à Goma, dans l’est du pays et a été condamné à mort par contumace par la justice militaire de Kinshasa. Une partie de l’opposition et des rebelles se considèrent désormais comme des défenseurs de la constitution contre le gouvernement congolais.

Le camp Tshisekedi réagit durement à cette situation. Lundi, le ministère de la Justice a annoncé qu’il engagerait désormais des poursuites pénales contre toute critique en ligne du président. Le siège du parti PPRD (Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie), désormais interdit, à Kinshasa, a pris feu le 4 mai lors d’une manifestation de partisans du gouvernement. Le 9 mai, le siège du parti LGD (Leadership et gouvernance pour le développement) de l’ancien Premier ministre de Kabila, Augustin Matata Ponyo, a été vandalisé.