Cette année, l’Afrique du Sud est l’hôte : le G20, les plus grands pays industrialisés et émergents de la planète, se réunissent à Johannesburg.
Mais les refus pleuvent. L’Argentine souhaite uniquement envoyer le ministre des Affaires étrangères Pablo Quirno, comme cela a été annoncé jeudi ; Le président Javier Milei ne sera pas là. Il y a aussi un refus du Mexique : la présidente Claudia Sheinbaum préfère se rendre à ses rendez-vous chez elle et se fait représenter par son ministre des Affaires étrangères, Juan de la Fuente.
Le président russe Vladimir Poutine n’a personnellement assisté à aucune réunion du G20 depuis le début de sa guerre d’agression contre l’Ukraine et a envoyé à la place son ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov. Il a cependant participé à un sommet virtuel en 2023. La principale raison de l’absence de Poutine est probablement qu’il existe un mandat d’arrêt international contre lui pour crimes de guerre en Ukraine. Mais cette année, même Lavrov ne sera pas à la table, mais Maxim Oreshkin, chef adjoint de l’administration présidentielle. Moscou a ainsi considérablement dégradé sa présence.
Ce n’est pas le président Xi Jinping qui se rend en Chine, mais son numéro 2 : le Premier ministre Li Qiang. Les raisons de cela ne sont pas connues.
Les États-Unis restent complètement à l’écart
Mais le plus grave est que les États-Unis ne participent pas aux négociations. La porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, a confirmé jeudi à Washington que ce serait certainement le cas. Aucun autre représentant du gouvernement ne sera envoyé pour remplacer le président américain Donald Trump. C’est la première fois qu’un pays boycotte complètement la réunion. Trump justifie son absence en affirmant que l’Afrique du Sud exercerait une discrimination à l’égard des agriculteurs blancs et expropriait leurs terres, ce dont il n’existe aucune preuve.
Cela aurait été une excellente occasion pour Xi Jinping de se présenter comme un champion du multilatéralisme sans les États-Unis.
Claudia Schmucker, Société allemande pour la politique étrangère (DGAP)
Alors un sommet du G20 sans les grands acteurs ? Sur les 19 chefs d’État et de gouvernement membres du G20, seuls 13 seront à Johannesberg.
« Les États-Unis ne s’intéressent pas aux formats multilatéraux car leur puissance économique et sécuritaire leur permet d’affirmer leurs intérêts au niveau bilatéral », explique Claudia Schmucker, directrice du Centre de géopolitique, géoéconomie et technologie de la Conseil allemand des relations extérieures (DGAP). « Cela change lorsqu’ils assurent eux-mêmes la présidence du G20, ce qui peut grandement déterminer l’ordre du jour et les enjeux. » Les États-Unis assumeront la présidence du format l’année prochaine.
Schmucker s’étonne cependant du rejet de la Chine : « Cela aurait été une excellente occasion pour Xi Jinping de se présenter comme un champion du multilatéralisme sans les États-Unis », dit-elle à .
Un signe de la fin du multilatéralisme ?
« Si les dirigeants des Trois Grands restent à l’écart, le sommet du G20 risque d’entacher considérablement sa réputation », déclare Lars Brozus, directeur adjoint du groupe de recherche sur les questions mondiales à la Fondation Science et Politique (SWP). Cette approche pourrait être interprétée comme une perte de sens dans la perception politique, médiatique et publique.
Mais il voit également une opportunité dans le fait que les grands pays restent à l’écart. « Il existe une opportunité de discuter des défis mondiaux sans être directement influencé par les conflits existants entre grandes puissances », dit-il. « Les chefs d’État et de gouvernement réunis à Johannesburg devraient donc profiter de l’occasion pour faire avancer les questions clés de la politique mondiale à l’avenir. »
Les nombreux refus ne signifient pas la fin du multilatéralisme, estime Schmucker, expert à la DGAP. « Ces événements illustrent la fragmentation croissante à l’échelle mondiale. » Le format G20 continuera à avoir lieu, mais sera nettement moins efficace.
Le G20 représente 85 pour cent de l’économie mondiale
Le G20 est composé des 19 pays et de l’Union européenne. De plus, l’Union africaine est membre permanent depuis 2023.
Les membres du format représentent 85 pour cent de la production économique mondiale, environ 75 pour cent du commerce mondial et environ 80 pour cent de la population mondiale. Ils sont responsables de 83 pour cent de toutes les émissions de CO₂.
Le format a été principalement créé pour coordonner les politiques financières et économiques des pays. De nombreux accords sont également conclus ici sur la politique climatique et énergétique. Les décisions ne sont pas contraignantes, mais elles constituent un signal politique : elles influencent les gouvernements, les marchés et les organisations internationales du monde entier.
Le format est également important pour des raisons diplomatiques, car c’est souvent la seule table où tout le monde peut discuter ensemble, afin d’y désamorcer les conflits. La non-apparition délibérée d’un pays envoie également des signaux de désapprobation et renforce la pression politique.