Bogotá. Le directeur de l’Agence nationale colombienne Agencia Nacional de Tierras (ANT), Juan Felipe Harman, a déposé cinq plaintes pénales auprès du ministère public pour des allégations d’expropriations de terres, de menaces et d’intimidations contre les bénéficiaires de la réforme agraire poussée par le gouvernement du président Gustavo Petro.
Lors d’une conférence de presse, il a déclaré que les incidents enregistrés dans les départements de Meta, Córdoba, Antioquia et Valle del Cauca pourraient faire partie d’un schéma de violence. Par ailleurs, plusieurs petits agriculteurs ont déclaré que des hommes armés leur avaient demandé de quitter leurs propriétés parce qu’« il y avait eu un changement de gouvernement » ou parce que « le gouvernement ne les protégerait plus ». Selon l’ANT, certains des auteurs présumés auraient fondé leurs menaces sur la nouvelle situation politique suite aux résultats des élections. Les déclarations des témoins et les informations concernant plusieurs personnes soupçonnées d’être responsables ont été transmises au parquet. Cependant, aucune arrestation ni inculpation n’a été annoncée publiquement à ce jour.
Les incidents se sont produits pendant la période de transition politique qui a suivi la récente élection du politicien de droite Abelardo de la Espriella. Il critique vivement les réformes et politiques sociales de Gustavo Petro. Il prendra ses fonctions de président le 7 août.
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Les déclarations de Harman font suite à une série d’incidents survenus ces dernières semaines. Le 28 mai, à Puerto López (Meta), l’ANT a remis environ 1 500 hectares de terres à une cinquantaine de familles victimes du conflit armé. Moins d’un mois plus tard, entre le 22 et le 23 juin, les communautés afro-colombiennes et indigènes du département de Valle del Cauca ont signalé des menaces et des incendies intentionnels. Le 25 juin, selon l’enquête du quotidien espagnol El País, une famille qui avait reçu un terrain dans le cadre de la concession de terre à Puerto López a été détenue pendant plus de sept heures, battue, torturée et contrainte par des hommes armés de quitter le terrain qui leur avait été attribué par l’État. Le lendemain, l’ANT faisait état d’une prétendue persécution systématique des bénéficiaires de la réforme agraire et appelait à une intervention immédiate du ministère public et des forces de sécurité. Cette demande a ensuite été soutenue par le ministère de l’Agriculture et le Bureau du médiateur des droits de l’homme (Defensoría del Pueblo).
L’ANT a été fondée en 2015 pour gérer les terres de l’État, formaliser la propriété rurale et attribuer des terres aux familles d’agriculteurs ne possédant pas ou peu de terres. Elle opère dans un pays caractérisé par l’une des plus fortes concentrations immobilières d’Amérique latine. Après avoir signé l’accord de paix avec les guérilleros des FARC en 2016, l’ANT est devenue un acteur central de la réforme agraire globale Reforma Rural Integral. L’objectif de cette politique est une répartition plus équitable des terres et la réduction des inégalités sociales en milieu rural. Mais dans le même temps, cela a déclenché des conflits sur les droits de propriété, tant avec les grands propriétaires fonciers qu’avec d’autres acteurs qui revendiquent les terres en question. Par ailleurs, des menaces contre les communautés bénéficiaires ont été signalées à plusieurs reprises dans diverses régions du pays.
Avec le dépôt formel de plaintes pénales auprès du parquet, l’ANT a encore renforcé sa réponse institutionnelle à ces incidents. Ces déclarations feront désormais l’objet d’une enquête du ministère public.