Le Bénin a un nouveau président : Wadagni sans égal

Le Bénin a un nouveau président : à 49 ans, Romuald Wadagni fait partie d’un petit groupe de chefs d’État relativement jeunes sur un continent qui par ailleurs se caractérise principalement par des présidents vieillissants qui ont du mal à quitter le pouvoir. Le fait que son prédécesseur Patrice Talon se retire constitutionnellement après dix ans de mandat n’est pas non plus une évidence en comparaison régionale.

Avec environ 94 pour cent des voix pour Wadagni, le résultat est clair. Son seul challenger, Paul Hounkpè, n’a obtenu qu’un peu moins de six pour cent des voix. Hounkpè avait déjà reconnu sa défaite dans un communiqué lundi soir lorsque la commission électorale nationale CENA a publié ses résultats préliminaires.

Avec Wadagni, on retrouve désormais à la tête de l’Etat un homme qui a été ministre de l’Economie et des Finances pendant dix ans et qui est considéré comme l’architecte des réformes économiques qui ont donné à son pays un essor considérable ces dernières années : l’économie béninoise connaît une croissance constante de 6 à 7 pour cent par an depuis environ cinq ans. Sous sa direction, les finances publiques du Bénin ont également été restructurées et de grands projets d’infrastructures ont été lancés.

Sans cravate, j’essaie d’être proche des gens

Né le 20 juin 1976 à Lokossa, « RoW », comme l’appellent ses partisans, est le fils d’un important économiste et d’un entrepreneur. Il a suivi une formation d’auditeur en France et a étudié la finance à l’université américaine d’élite de Harvard. Toujours concentré sur les questions économiques, Wadagni a fait un effort visible pour rester proche du peuple pendant la campagne électorale. Sans cravate, vêtu d’une simple chemise, avec des discours libres au lieu de lire des notes, Wadagni a organisé des rassemblements éclair à travers le pays, parfois six en une journée. Son éventail de sujets allait de l’éducation à la sécurité.

La question de la sécurité notamment devient de plus en plus importante au Bénin. Le nord du pays est de plus en plus exposé aux attaques de groupes islamistes dans la zone frontalière avec le Niger et le Burkina Faso. En décembre, une tentative de coup d’État a également suscité un tollé, mais a été rapidement réprimée avec l’aide de la France, du Nigeria et de la Côte d’Ivoire.

La campagne électorale du challenger Paul Hounkpè s’est présentée différemment. Bien qu’il ait essayé de rester visible, il a réussi à obtenir une portée nettement inférieure à celle de la campagne écrasante de la coalition gouvernementale autour de Wadagni. Hounkpè s’est présenté comme un adversaire relativement pâle au « rouleau compresseur » autour de Wadagni, qui avait un puissant partisan en la personne de l’ex-président Talon.

Des obstacles élevés pour l’approbation du vote

Le fait que Wadagni soit de facto sans égal était également dû aux obstacles élevés à l’admission. Celles-ci étaient si strictes qu’à part lui et le parti FCBE (Forces Cauris pour un Bénin émergent) de Hounkpè, personne ne remplissait les critères. Le principal parti d’opposition, Les Démocrates, n’a donc pas pu se présenter aux élections. Une circonstance qu’elle a critiquée comme étant un dispositif visant à restreindre la concurrence démocratique.

Des doutes ont également été exprimés quant au bon déroulement du processus démocratique le jour du scrutin : alors que l’autorité électorale nationale CENA a jugé le vote ordonné et pacifique, une plateforme d’observation des élections de la société civile a signalé des irrégularités : par exemple, des urnes individuelles auraient été remplies à ras bord avant l’ouverture des bureaux de vote.