Le Sénat colombien approuve la réforme des retraites

Bogotá. Le Sénat colombien a approuvé par 49 voix contre 4 la réforme des retraites en 94 articles du gouvernement de gauche de Gustavo Petro. Après que le Congrès, au sein duquel le gouvernement ne dispose pas de majorité, ait bloqué les réformes sociales de Petro, les membres du camp gouvernemental ont célébré l'approbation du Sénat comme un succès politique majeur. Toutefois, la loi doit encore être adoptée par la Chambre des représentants.

Le ministre de l'Intérieur, Luis Fernando Velasco, a qualifié la réforme des retraites de « loi sociale véritablement révolutionnaire ». La ministre du Travail, Gloria Inés Ramírez, a déclaré que le pays avait réussi à « avancer vers un véritable système de retraite colombien qui permettra à trois millions de personnes âgées d'échapper à l'extrême pauvreté ».

La relance de la réforme des retraites, après des mois d'impasse dans le processus d'adoption au Sénat, est due en partie à l'approbation de plusieurs sénateurs du Parti libéral traditionnel après avoir négocié certains amendements au projet de loi avec Petro et le ministre de l'Intérieur Velasco au Palais présidentiel.

Avec cette réforme, le gouvernement souhaite créer des retraites pour la majorité de la population active qui n'en a actuellement aucune. Le système de retraite actuel est « profondément injuste et inégalitaire », a déclaré Petro dans un discours télévisé après l'approbation de la réforme au Sénat.

La Colombie est le deuxième pays d'Amérique latine où les inégalités d'âge sont les plus élevées après Haïti, a déclaré Petro. En Colombie, seuls un homme sur quatre et une femme sur huit atteignent l’âge de la retraite et ont droit à une pension. Grâce à la réforme, 87 % des seniors seraient couverts d’ici 2052.

La moitié des travailleurs colombiens ne cotisent pas au système de retraite, a expliqué Petro dans son discours. En effet, 56,3 pour cent des travailleurs travaillent dans le secteur informel, ont des revenus irréguliers et ne sont donc pas inscrits au système de retraite.

La plupart des personnes qui cotisent au système de retraite le font dans des régimes de retraite privés appelés sociétés de gestion de fonds de pension (AFP). Cependant, la plupart d’entre eux finissent par ne pas percevoir de pension. L'AFP compte 18 millions de déposants. Cependant, selon le ministre du Travail Ramírez, seuls 318 000 assurés privés ont reçu une pension au cours des 30 dernières années.

Le système de solidarité étatique (Colpensiones), en revanche, est plus efficace. Avec six millions de déposants, Colpensiones compte 1,7 million de bénéficiaires de pension. En Colombie, les travailleurs peuvent volontairement choisir entre le système privé et le système étatique.

Après l’introduction de l’AFP grâce aux réformes néolibérales des années 1990, les déposants ont afflué vers le système de retraite privé. À l’époque, cela promettait une meilleure retraite que le système public. Cependant, ces dernières années, des centaines de milliers d'assurés privés ont tenté de passer à Colpensiones par la voie légale.

Étant donné que le système de solidarité par répartition ne peut pas payer les cotisations des bénéficiaires de pension uniquement avec les cotisations des déposants, l'État doit actuellement payer 18 000 milliards de pesos (environ 4,2 milliards d'euros) de subventions pour les retraites. La réforme des retraites vise à réduire cette charge.

La réforme votée par le Sénat oblige toute personne gagnant entre un et 2,3 Smic (environ 306 à 704 euros par mois) à cotiser au système de solidarité. Cela remplira les caisses des colpensiones et libérera des fonds pour la sécurité de base de la vieillesse pour ceux qui ne sont pas en mesure de cotiser au système public.

La réforme crée quatre modalités ou « piliers » à travers lesquels tous les Colombiens devraient bénéficier de la sécurité de la vieillesse. Le premier pilier s’adresse aux hommes et aux femmes de plus de 60 ans dans le besoin qui vivent en dessous du seuil de pauvreté. 2,5 millions d'entre eux recevront 223 000 pesos (environ 53 euros) par mois. Actuellement, 1,7 million de seniors pauvres reçoivent 80 000 pesos (environ 18 euros) par mois.

Le deuxième pilier s'adresse à tous les hommes de plus de 60 ans et à toutes les femmes de plus de 65 ans qui n'ont pas pu remplir toutes les conditions requises pour bénéficier d'une pension mais qui ont cotisé entre 300 et 1 000 semaines à Colpensiones. Ces Colombiens sont désormais complètement sans défense face à leur vieillesse. Avec la réforme, ils recevront une petite pension à vie basée sur le montant des cotisations versées, plus une subvention de l'État pouvant atteindre 30 pour cent.

Les premier et deuxième piliers visent, entre autres, à protéger les femmes âgées qui, pendant des années, ont effectué des tâches non rémunérées pour s'occuper des enfants du ménage ou qui n'ont pas pu ou trop peu contribuer pour d'autres raisons. La réforme vise également à réduire les inégalités entre hommes et femmes dans le système de retraite.

Le troisième pilier s'adresse à toute personne remplissant les conditions requises pour percevoir une pension. Rien ne change pour eux, à l'exception de l'obligation introduite de cotiser à des colpensions si leur salaire atteint 2,3 Smic. L'âge de la retraite à 57 ans pour les femmes et 62 ans pour les hommes sera maintenu.

Le quatrième et dernier pilier est destiné aux hauts revenus. Ils doivent cotiser aux colpensions à hauteur de la partie de leur salaire qui correspond à 2,3 Smic. Ils peuvent toutefois verser le reste de leur salaire à leur fonds de pension privé s'ils le souhaitent.

Il reste à voir si et avec quels changements la Chambre des représentants approuvera la réforme. Selon les médias, le processus d'adoption devrait en théorie être plus facile pour la faction gouvernementale qu'au Sénat. Cependant, le temps presse. La réforme doit être votée d'ici le 20 juin.