Port-au-Prince. Les États-Unis ont envoyé des navires de guerre en Haïti, élargissant ainsi leur présence militaire dans ce pays des Caraïbes. Ce déploiement s’inscrit dans le contexte d’une crise croissante en matière de sécurité et de droits de l’homme, contre laquelle les Nations Unies et la Communauté des États des Caraïbes (Caricom) avaient précédemment mis en garde.
Comme le rapporte la chaîne d’information Telesur, des unités de la marine américaine sont arrivées samedi à Port-au-Prince et ont été positionnées au large des côtes haïtiennes dans le cadre d’une avancée militaire. Washington justifie ce déploiement par la protection des installations diplomatiques et le soutien aux mesures de sécurité internationale face à la violence des gangs armés. Aucune information spécifique n’a été fournie concernant la taille, la durée ou les règles de fonctionnement des forces navales.
Samedi, le conseil intérimaire au pouvoir depuis deux ans a démissionné. La démission du conseil de transition, au pouvoir depuis avril 2022, avait déjà été annoncée ces derniers jours. Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé devrait désormais gouverner seul jusqu’aux nouvelles élections prévues en août. Selon les médias, on peut se demander si les élections auront lieu. L’ambassade américaine a promis son soutien à Fils-Aimé pour « travailler ensemble pour stabiliser le pays et organiser des élections ».
Le déploiement des navires de guerre et la démission du Conseil de transition surviennent à un moment où la Mission intégrée des Nations Unies en Haïti (BINUH) a récemment documenté une situation « extrêmement préoccupante » des droits de l’homme et fait état de milliers de morts à la suite de la violence des gangs et des opérations de sécurité (a rapporté Amerika21). Dans le même temps, la Caricom a donné aux acteurs politiques haïtiens un délai pour parvenir à un accord minimum afin de surmonter le blocus politique en cours.
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Le quotidien Junge Welt considère les actions américaines comme l’expression de l’influence croissante de Washington sur les décisions politiques et de sécurité en Haïti. En conséquence, la politique américaine s’appuie de plus en plus sur les moyens militaires, tandis que les solutions politiques et le renforcement des institutions haïtiennes passent au second plan. Les critiques y voient une restriction supplémentaire à la souveraineté du pays. Selon certaines informations, l’hebdomadaire de gauche Haïti Liberté parle d’une « captivité » politique du pays.
Parallèlement à l’expansion de la présence militaire américaine, Washington accroît la pression sur les migrants haïtiens. Le gouvernement de Donald Trump veut révoquer le statut de protection temporaire (TPS) pour environ 350 000 Haïtiens, même si de nombreuses familles en Haïti dépendent des envois de fonds. Un tribunal fédéral américain a temporairement suspendu l’expiration du TPS, déclarant la mesure « nulle et non avenue » parce que la secrétaire à la Sécurité intérieure, Kristi Noem, était guidée par « l’hostilité envers les immigrants non blancs ». Le gouvernement a annoncé un appel.
Alors que les acteurs internationaux interviennent de plus en plus militairement et diplomatiquement, il n’y a jusqu’à présent aucun accord politique en Haïti. La dernière présence militaire américaine s’inscrit dans une série de mesures internationales visant à la politique de sécurité et à la médiation, mais qui n’ont jusqu’à présent pas réussi à apporter une stabilisation durable.