Photographe égyptien : Et comment est le Nil ?

: Monsieur Anis, quelle perspective a encore le Nil ?

Roger Anis : Quand je regarde la situation dans son ensemble, je suis très pessimiste : pollution, pénurie d’eau, guerres. Toute prochaine catastrophe pourrait tout détruire. De ce point de vue, le pessimisme semble logique. Cependant, je trouve également des raisons d’être optimiste et de constater des évolutions positives. Par exemple, l’initiative Very Nile, dans laquelle les pêcheurs pêchent le plastique du Nil.

Dans l’interview : Roger Anis

est un photographe documentaire égyptien, chercheur en images et explorateur du National Geographic avec une expérience dans la conservation et l’édition d’images. Il vit aux Pays-Bas et en Égypte.

: Considérez-vous vos photographies du Nil comme une archive pour les générations futures ?

Anis: Chaque photo est essentiellement une archive. C’est pourquoi je m’assure toujours que mes photos montrent à la fois le problème et la solution. Par exemple, lorsque je photographie le problème de la pollution du Nil, je veille à ce que cette image reste vivante dans la conscience collective du spectateur, afin que lorsque l’on discutera de la pollution des années plus tard, les gens se souviendront de cette image. C’est ici que commence le contre-récit : tout comme il y avait une pollution de l’environnement, il y avait aussi des gens qui ne l’acceptaient pas si facilement et s’engageaient à protéger l’environnement.

Supplément spécial de la fondation panter

Comment le monde arabe envisage l’avenir

La région risque un effondrement climatique en 2050. N’y a-t-il que de la chaleur ? Ou même de l’espoir ? 25 journalistes de 16 pays arabophones ont développé des réponses rafraîchissantes dans le cadre du projet biennal MENA Green Panter de la panterstiftung (2024-2026). La conférence panter aura lieu à Berlin le 17 juin 2026. Il existe un épisode de podcast à ce sujet au format Free Speech. Vous pouvez lire tous les textes publiés dans le cadre de ce projet ici.

: Que dit la réalité du Nil sur l’écart entre ce que nous savons scientifiquement et ce qui est décidé politiquement ?

Anis: Lorsque nous parlons du Nil, nous parlons d’une réalité pleine d’alliances, de guerres et d’agendas cachés. La relation ne se limite pas à la science et à la politique, mais s’inscrit dans un réseau complexe d’alliances et dans un monde complètement turbulent. La politique pèse sur de nombreux facteurs : écologiques, économiques et sociaux. Cependant, en tant que journalistes ou chercheurs intéressés par l’environnement, nous avons tendance à nous concentrer uniquement sur l’aspect écologique.

: Qu’en concluez-vous ?

Anis: L’appréciation de l’eau augmentera. Dans ce contexte, les relations entre tous les États riverains du Nil doivent également être renforcées. Nous partageons une rivière et nous avons beaucoup d’expériences que nous pouvons partager les uns avec les autres. Tout dépend de notre relation avec l’eau. Que nous le voulions ou non, nous n’échapperons pas à ce vortex.

Gilan Hefny, photographe et journaliste du Caire. Elle a illustré le premier supplément spécial du projet MENA Green Panter de la panterstiftung (novembre 2025).