Les restes possibles du guérillero Torres découverts en Colombie

Bogotá. L’ELN a annoncé la découverte des restes du prêtre catholique, sociologue et membre de cette guérilla, Camilo Torres Restrepo. L’organisation armée a « vérifié » l’authenticité de la découverte, indique-t-elle dans un communiqué.

L’Institut de recherche des personnes disparues (UBPD) confirme qu’il travaille à la recherche de sa dépouille depuis 2019 et qu’il existe désormais de « fortes indications » que les ossements retrouvés lui appartiennent. Cependant, l’identification médico-légale définitive est toujours en attente. Les autorités utilisent des documents historiques, des témoignages oculaires et des techniques scientifiques pour déterminer si les restes appartiennent bien à Torres.

Camilo Torres Restrepo était une figure déterminante de la politique colombienne dans les années 1960 : il a d’abord plaidé pour la justice sociale en tant que prêtre catholique, puis a fondé la faculté de sociologie à l’université d’État de Bogotá et a été co-fondateur du mouvement Frente Unido. Il a joué un rôle crucial dans la décentralisation du pouvoir des Juntas de Accion Comunal, des conseils de district qui existent encore aujourd’hui.

Plus tard, inspiré par la Révolution cubaine, il justifia la nécessité de la participation du clergé révolutionnaire à la lutte armée pour la justice et la liberté et rejoignit le groupe de guérilla Ejército de Liberación Nacional (ELN). Le 15 février 1966, à l’âge de 37 ans, il est tué dans une bataille avec l’armée colombienne.

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Depuis sa mort, son corps avait disparu, ce qui a longtemps fait l’objet d’un débat historique en Colombie. L’ELN a toujours soupçonné que les soldats faisaient disparaître le corps afin de ne pas créer un martyr et de dissimuler les circonstances de sa mort. La découverte possible coïncide avec le 60e anniversaire de sa mort.

Dans son communiqué, l’ELN a déclaré : « Cette année 2026 marque six décennies depuis la mort de notre bien-aimé commandant en chef Camilo Torres Restrepo et sa présence est plus vivante que jamais. Prêtre, sociologue, fils, frère, ami, camarade, agitateur, organisateur, scientifique, penseur politique, guérillero… mais au fond, Camilo était un révolutionnaire à part entière. » La mort de Torres dans les rangs de l’ELN est survenue peu de temps après son engagement en faveur de « la libération ou la mort », le slogan de la guérilla.

Les campagnes de commémoration de l’Église et de l’État tentent de désamorcer ou de dépolitiser la position politique de Torres. Ils utilisent sa représentation comme une figure essentiellement religieuse et morale, tout en accordant moins d’importance à sa décision consciente de s’engager dans la lutte révolutionnaire armée.

En revanche, d’autres sources révèlent les propres convictions politiques de Camilo : il considérait la révolution comme un moyen nécessaire pour déplacer le pouvoir des minorités privilégiées vers les majorités pauvres et affirmait explicitement que les chrétiens devaient participer activement à ce processus.