N Après l’échec de Donald Trump à ramener la paix dans la bande de Gaza puis en Ukraine, c’est désormais au tour du Soudan. Depuis que le président américain a soudainement découvert l’« importance » du Soudan lors d’une conversation avec le prince héritier d’Arabie Saoudite il y a une semaine, la guerre la plus brutale au monde, avec ses effets dévastateurs de catastrophe de réfugiés et de famine, est soudainement devenue une priorité absolue à Washington.
Un plan de paix du Département d’État américain, vieux de deux mois, qui n’attirait auparavant l’attention que des experts, sert désormais de modèle aux chefs de guerre soudanais pour soit s’attirer les faveurs de Trump, soit lui tourner le dos, dans les deux cas, en signe de confiance en eux.
Ce revirement démonstratif est réalisé par le chef de l’État et de l’armée soudanais, le général Abdel Fattah al-Burhan, qui a catégoriquement rejeté le plan américain parce qu’il pourrait conduire à la fin du régime militaire au Soudan et à la dissolution de ses organes de sécurité, tandis que les « terroristes » de RSF reçoivent une légitimité en tant que partenaire de paix.
En revanche, l’opposant de Burhan, le général Hametti, dont la milice RSF (Rapid Support Forces) commet d’horribles crimes de guerre au Darfour et a provoqué il y a seulement un mois un nouveau creux dans l’horreur soudanaise avec des massacres publics à grande échelle dans la ville nouvellement conquise d’El Fasher, montre ses relations chaleureuses avec Trump.
Le chef de RSF est tactique
En annonçant qu’il observerait un cessez-le-feu de trois mois et mettrait ainsi en œuvre la première étape centrale du plan de paix américain, Hametti saisit l’occasion d’être considéré comme un partenaire des États-Unis. Il sait que tant que le gouvernement soudanais n’acceptera pas le cessez-le-feu, et il ne le fera pas, le risque que la paix revienne réellement et que les RSF soient également obligées de rendre les armes est proche de zéro. En attendant, espère-t-il, Trump pourrait le privilégier en tant qu’apporteur de paix au Soudan.
Au niveau international, sa milice est accusée de génocide au Darfour et les appels se multiplient dans le monde entier pour qu’il soit enfin fait quelque chose. Hametti peut désormais contourner intelligemment ce problème avec son message de paix, auquel personne ne croit au Soudan.
C’est un calcul cynique, mais cela pourrait fonctionner. Bien entendu, les armes au Soudan ne resteront pas silencieuses. Mais Trump ne s’en souciera pas plus que de l’Ukraine ou de Gaza. L’essentiel est que le président américain puisse dire qu’il est celui qui montre le chemin de la paix. Si les guerriers ne veulent pas le parcourir, c’est de leur faute. Et leurs victimes peuvent voir où elles se trouvent.