Violences contre les manifestations : une manifestante pour les droits des femmes abattue en Afghanistan

Selon l’ONU, les forces de police talibanes à Herat, dans l’ouest de l’Afghanistan, ont tiré mardi sur des manifestants majoritairement masculins qui étaient descendus dans la rue pour défendre les droits des femmes. « Au moins une personne, un garçon, a été tuée par balle », a rapporté mardi la mission de l’ONU en Afghanistan (Unama). On rapporte un deuxième décès et plusieurs blessés « suite à des coups de bâton ».

Deux témoins ont déclaré à l’agence de presse AFP avoir été témoins de l’utilisation d’armes à feu lors de la manifestation. L’un d’eux a confirmé que les policiers utilisaient également des bâtons et des fouets. La chaîne de télévision CNN a diffusé des images d’Herat dans lesquelles on pouvait entendre des coups de feu et voir des hommes s’enfuir. Mais on ne sait toujours pas qui a tiré.

Des témoins oculaires anonymes ont déclaré à l’agence AP que les premiers coups de feu ont été tirés en l’air et que des personnes ont ensuite été touchées. Du sang était visible dans la rue. Selon certaines informations, des appels à « l’éducation, le travail et la liberté » ont également été entendus lors de la manifestation.

La police a nié tout usage d’armes et accusé les manifestants de « troubler l’ordre public ». Ils « ont attisé les tensions sous prétexte de descendre dans la rue contre le code vestimentaire », a déclaré à l’AFP le porte-parole de la police, Saed Masud. Cependant, la situation a été « totalement maîtrisée ».

Manifestation de solidarité pour les femmes arrêtées

La manifestation dans le quartier de Jibrail, estimée à 150 personnes, était une manifestation de solidarité envers plusieurs femmes qui avaient été arrêtées par la police morale les jours précédents pour avoir prétendument violé le code vestimentaire. Les manifestations sont de facto interdites sous le régime taliban en Afghanistan et sont très rares.

Selon l’Unama, au moins 30 femmes et filles ont été arrêtées les 6 et 7 juin pour port présumé de vêtements inappropriés et détenues jusqu’au 8 juin. Les arrestations par la police morale « stigmatiseraient énormément » et mettraient en danger les femmes, a critiqué la chef par intérim de l’Unama, Georgette Gagnon.

Le ministère de la Promotion de la Vertu et de la Prévention du vice a qualifié les informations faisant état d’arrestations de femmes de rumeurs. Dans le même temps, il déclare que le port du hijab est « un commandement divin, une loi que nous sommes obligés d’appliquer ».

Le rapporteur spécial de l’ONU sur les droits de l’homme en Afghanistan, Richard Bennett, a déclaré sur X qu’il était alarmé par le recours excessif à la force à Herat contre des manifestants apparemment pacifiques. Il a appelé les autorités à demander des comptes aux responsables de ces violences. Il est temps de réduire les tensions et de respecter le droit des citoyens à la liberté d’expression, notamment en ce qui concerne les femmes et les filles.

La police morale a annoncé de nouvelles réglementations pour les femmes

Vendredi, les imams d’Herat auraient annoncé dans les mosquées, au nom du ministère de la Vertu, que les femmes n’étaient pas autorisées à quitter leur domicile sans foulard. Les arrestations auraient commencé samedi. Mercredi, la police des mœurs a annoncé de nouvelles réglementations pour les femmes. En conséquence, ils ne seront plus autorisés à l’avenir à se montrer pieds nus ni à se maquiller.

Contacté par l’AFP, le ministère de la Promotion de la vertu et de la Prévention du vice de Kaboul n’a pas souhaité commenter les événements. Cependant, le bureau régional du ministère a déclaré que les violations du code vestimentaire pourraient entraîner « une arrestation et une détention ». « Si ne serait-ce qu’une partie des cheveux est visible sur le front, les côtés ou l’arrière de la tête, cela est considéré comme une violation du code vestimentaire islamique. »

Après le retour au pouvoir des talibans islamistes radicaux en août 201, les femmes afghanes ont été largement exclues de l’éducation formelle et du travail en dehors du foyer. Vous n’êtes autorisé à sortir en public que couvert et accompagné d’un parent de sexe masculin. Finalement, leur droit au divorce leur a été retiré.