Quoi mesurer et comment

Pour évaluer les avantages et les inconvénients d’un mode de scrutin, il faut faire différents calculs et comparer plusieurs données.

Le mode de scrutin est l’instrument qui transpose les votes, recueillis lors d’une élection, dans l’objectif de former démocratiquement un parlement ou une assemblée. Partant du principe que l’assemblée qui en résulte devrait refléter la volonté populaire, les données à comparer sont principalement le pourcentage de votes accordés versus le pourcentage de sièges obtenus par l’élection.

Sous un mode de scrutin majoritaire uninominal à un tour, les élections sont basées sur le cumul des gagnants et des gagnantes de chacune des circonscriptions. Le nombre de votes accordés à chacun des partis n’est pas utilisé pour former l’Assemblée nationale. Une élection générale au Québec est faite de 125 élections simultanées. Le seul résultat compilé est alors le nom et le parti de la personne qui a obtenu, dans la circonscription, au moins un vote de plus que celle arrivant deuxième. Il est pratiquement impossible que le total de personnes élues pour chacun des partis corresponde au pourcentage de votes qu’ils ont reçu globalement.

Évaluer les effets sur la représentation de chaque parti politique

Mesurer les distorsions

La comparaison la plus courante sert à vérifier si chaque parti occupe sa juste part de sièges en comparaison avec les votes exprimés en faveur de chacun. Lorsqu’il y a une différence, c’est qu’il y a une distorsion entre la volonté populaire exprimée lors du vote et le résultat : la composition de l’Assemblée nationale.

Si un parti politique obtient un pourcentage plus grand de sièges que le pourcentage de votes qu’il a reçu de la population, on dit que ce parti est surreprésenté. Concrètement, cela signifie que ce parti influence les décisions dans une plus grande mesure que ce que la population a souhaité.

À l’inverse, si un parti politique obtient un pourcentage moins grand de sièges que le pourcentage de votes qu’il a reçu de la population, on dit que ce parti est sous-représenté. Concrètement, cela signifie que ce parti influence les décisions dans une moins grande mesure que ce que la population a souhaité.

La représentation était fait d’un équilibre, la surreprésentation d’un parti ou de plusieurs se fera au détriment d’un ou de plusieurs partis. La population qui aura voté pour ces derniers partis aura alors moins de représentation que sa juste part, ce qui est aussi néfaste que d’avoir plus de représentation. Les distorsions peuvent se produire pour le Québec dans son ensemble, mais également pour une ou plusieurs régions.

Examiner si le parti gagnant en nombre de sièges est celui qui a gagné en nombre de votes ou s’il y a un renversement de la volonté populaire

L’autre comparaison la plus courante sert à vérifier si le parti qui a obtenu le plus grand nombre de votes, est celui qui obtient le plus grand nombre de sièges, lequel sera ensuite appelé à former le gouvernement. Si la réponse est évidemment OUI lorsqu’on utilise un mode de scrutin produisant des résultats proportionnels, cela n’est pas automatiquement le cas avec d’autres modes de scrutin.

Sous un mode de scrutin majoritaire uninominal à un tour, le résultat d’une élection étant basé sur le cumul des gagnants et des gagnantes de chacune des circonscriptions, il y a toujours un risque que ce nombre ne soit pas cohérent avec la répartition du vote. Cela s’est produit au Québec en 1944, 1966 et 1998 et les élections de 2012 ont failli s’ajouter à ce triste palmarès.

Si le parti qui remporte le plus grand nombre de sièges n’est pas celui qui a reçu le plus grand nombre de votes, l’ont dit qu’il y a renversement de la volonté populaire. Ce renversement peut se pour le Québec dans son ensemble, mais également pour une ou plusieurs régions.

Évaluer une élection dans sa globalité

En plus d’évaluer les distorsions subies par chacun des partis politiques, il est possible de mesurer la proportionnalité globale d’une élection et le pluralisme politique obtenu par les votes exprimés ou par les sièges distribués. En mesurant, mathématiquement, les résultats, l’on peut comparer des élections entre elles, selon le pays ou selon le mode de scrutin utilisé. Analyses comparées des élections québécoise de 1867-2012 et pour quelques pays

Pour plus d’informations sur les différents indices: http://www.tcd.ie/Political_Science/staff/michael_gallagher/ElSystems/indexfr.php

Mesurer la proportionnalité globale

Le politologue et professeur Irlandais Michael Gallagher a développé une méthode pour calculer l’ampleur de la distorsion globale des résultats d’une élection (Indice de proportionnalité de Gallagher IPG ou Méthode des moindres carrés ou Least Square Index – LSq). La formule mathématique est basée sur la différence entre les pourcentages des votes et des sièges obtenus pour chaque parti, mais aussi du nombre de partis en présence. Elle permet de donner une valeur à proportionnalité pour l’ensemble de l’élection. Plus l’indice de Gallagher est bas, meilleure est la proportionnalité. Pour l’élection du Québec de 2012, l’indice de Gallagher est de 13,58, ce qui élevé comparativement aux élections de pays utilisant des formules proportionnelles ou mixtes compensatoire.

Mesurer le pluralisme politique à partir des votes exprimés

À la fin des années 60, le chercheur Douglas W. Rae a développé une méthode pour calculer le nombre de partis ayant obtenu des votes et pour lesquels un effet notable est obtenu au niveau du pluralisme politique (Nombre effectif de partis obtenant des votes NEPV ou Effective number of elective parties ENEP). La formule mathématique est basée sur le pourcentage de votes obtenus par chaque parti. Elle permet de donner une valeur au pluralisme politique au niveau de la répartition des votes. Plus le chiffre est élevé, plus le pluralisme politique est grand. Ex. Pour l’élection du Québec de 2012, l’indice de 3,6 signifie que les votes ont été attribués à 3,6 partis (partis équivalents ou partis moyens). Des 18 partis à avoir obtenu des votes lors de ces élections, 13 ont obtenu chacun moins de 1% de votes, ce qui explique le grand écart entre le nombre de partis en lice et le nombre de ceux dont les votes produisent un effet notable. Globalement, cela signifie donc que la population diversifié son vote à l’équivalent de 3,6 partis.

Mesurer le pluralisme politique à partir des sièges occupés

À la fin des années 70, les chercheurs Markku Laadson et Rein Taagepera ont développé une méthode (à partir de celle de D.W.Rae) pour calculer le nombre de partis obtenant des sièges lors d’un élection et pour lesquels un effet notable est obtenu au niveau du pluralisme politique (Nombre effectif de partis obtenant des sièges NEPS ou Effective number of parliamentary parties – ENPP). La formule mathématique est basée sur le pourcentage de sièges obtenus par chaque parti. Elle permet de donner une valeur au pluralisme politique au niveau de la répartition des sièges de l’Assemblée ou du Parlement. Plus le chiffre est élevé, plus le pluralisme politique est grand au sein de l’Assemblée. Ex. Pour l’élection du Québec de 2012, l’indice de 2,78 signifie que l’Assemblée nationale est composée de 2,78 partis (partis équivalents ou partis moyens). Les 4 partis occupant des sièges à l’Assemblée nationale ne s’équivalent pas entre eux, en nombre de sièges (deux occupent beaucoup moins de sièges que les autres, dont un est très marginalisé. Globalement, cela signifie donc que la population a obtenu un pluralisme politique équivalent à 2,78 partis.

Le nombre effectif de partis obtenant des votes NEPV est logiquement toujours plus grand que le nombre effectif de partis obtenant des sièges (NEPS). Une grande différence entre les deux valeurs signifiera que le mode de scrutin a réduit le pluralisme politique qui était proposé à l’électorat.

Examen global des 3 indices

Les trois indices sont complémentaires. C’est l’examen global des trois qui permet d’évaluer les résultats d’une élection et de comparer les élections entre elles.

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