Le courage est de faire preuve de la force de caractère nécessaire pour affronter un revers, des circonstances difficiles ou un danger. Le courage c’est aussi faire preuve d’altruisme, poser des actes avec des intentions justes et ce, même si nous savons, qu’en atteignant notre but, nous risquons d’y perdre. Toutefois, poussés par nos convictions, notre certitude que nous agissons pour le mieux, nous faisons preuve de courage et continuons d’avancer. Ce, même si nous risquons de laisser en chemin des amis, des appuis, du financement ou le pouvoir.

Quatre mois avant d’être élu, M. Justin Trudeau a fait une promesse : mettre un nouveau mode de scrutin en place pour les élections de 2019. Ses raisons étaient justes : placer les citoyens au centre de la démocratie, un meilleur taux de participation aux élections. Il s’est même engagé à déposer un projet de loi de réforme électorale à l’intérieur des 18 premiers mois d’un éventuel gouvernement libéral. Gouvernement qu’il a réussi à constituer, majoritaire de surcroît. Depuis son élection, un comité parlementaire a été mis sur pied afin de prendre le pouls de la population et étudier différents modes de scrutin possibles. Je suis allée à la rencontre de ce comité lors de leur passage à Montréal, j’y ai pris la parole ainsi que lors d’une consultation publique sur le sujet organisée par un député de ma région. À chaque fois, une forte majorité des intervenants du public ont donné leur appui à une réforme du mode de scrutin actuel. Les raisons étaient multiples, mais elles se rejoignaient : la nécessité d’obtenir au moins 50% des voix pour qu’un gouvernement soit élu majoritaire ; encourager la parité homme femme ; obtenir une meilleure représentation des minorités ; diminuer, voire mettre fin aux distorsions créées par le mode uninominal à un tour ; que chaque vote déposé dans la boîte de scrutin ait un impact sur la formation du gouvernement. D’ailleurs, lors des prises de parole du public, la juste représentation qu’offre un mode de scrutin proportionnel était souvent mis à l’avant-plan.

Toutefois, à suivre les actualités, il semblerait que le message du public, qui me semblait pourtant très clair, n’ait pas été reçu, tel que je le percevais, par tous. En effet, M. Trudeau a soutenu, lors d’une entrevue accordée au journal Le Devoir, que la réforme était conditionnelle à un « large appui » de la population canadienne, « qu’il faut que les gens soient ouverts à ça ». Le comité parlementaire n’en a-t-il pas obtenu la preuve en consultant le public ? La promesse qu’a fait en cours de campagne M. Justin Trudeau, alors postulant à la position de Premier ministre du Canada, n’a soudain plus autant d’éclat. J’en suis presque à me demander si le comité mis sur pied n’est pas seulement une mascarade, un moyen de montrer sa bonne volonté, mais qu’au fond, le verdict de statu quo est déjà tombé.

M. Trudeau sait que le mode uninominal à un tour cause des distorsions importantes, que les gouvernements qu’il constitue sont peu représentatifs de la volonté exprimée. Il sait qu’une réforme s’impose. Toutefois, saura-t-il passer outre le fait que ce système l’a placé au pouvoir ? Je l’espère sincèrement car pour moi, il est primordial que le gouvernement élu soit représentatif de la volonté exprimée par ses citoyens. Je rêve du jour où le gouvernement en place saura faire preuve de courage et d’altruisme en modifiant le mode de scrutin. Il méritera alors tout mon respect car je saurai à ce moment, qu’il l’a fait en pensant à la population qu’il représente.

Jacinthe Villeneuve

Beloeil